Ma première patine d’une locomotive à vapeur



Épisode 131 – J’ai enfin décidé de franchir le pas en me lançant dans la patine d’une première locomotive à vapeur. Retour d’expérience de cette opération réalisée sans aérographe et donc accessible au plus grand nombre.


Ceux qui suivent mes aventures depuis avril 2017 le savent : dans ma première vie de modéliste (1975/2000), possesseur d’une belle collection essentiellement Märklin, je n’ai patiné aucun de mes matériels roulants, de peur de décoter leur valeur. Pour autant, je bavais d’envie devant les belles réalisations de mes petits camarades. Dans ma seconde vie ferrovipathe, j’ai donc décidé de ne plus me soumettre à la dictature de la  » collectionnite  » et de valeurs financières, somme toute très subjectives, et de me faire plaisir. Il n’est bien sûr pas ici question de relancer l’éternel débat  » weathering or not weathering ?  » mais simplement rappeler que notre hobby est avant tout un plaisir. S’enfermer dans des normes basées sur l’argent comme je l’ai fais dans ma première période nuit finalement à notre épanouissement.


Photo 770 : Patine d’une locomotive à vapeur. Source : letraindemanu.fr

Il y a lieu toutefois de souligner l’importance de la patine du matériel roulant s’il évolue dans un décor lui-même patiné et réaliste. Dans le cas contraire, la discordance est vraiment frappante, voire choquante.

Avant de me lancer dans cette aventure palpitante, j’ai commencé par me faire la main sur des wagons de marchandises. Cela permet d’appréhender les techniques et d’apprivoiser les dosages de peintures. Je vous invite donc à vous y reporter puisque je vais utiliser les techniques qui y sont décrites.

■ Des photos modèles

Comme pour les wagons, je pars à la recherche de photos couleur d’une locomotive de même série, une P8. Autant le dire, ce n’est pas toujours aisé, en particulier pour les locomotives à vapeur, car bien souvent il s’agit de pièces de collection parfaitement rutilantes. Bref tout le contraire de ce que l’on cherche. Quant aux locomotives en service, les photos sont généralement en B&W, pas très pratique pour décoder les subtilités des teintes.

Sur le net, j’ai tout de même réussi à dénicher deux photos de P8 dans un état assez usagé qui correspondent bien à l’état que je souhaite obtenir. Sur la ligne de la CIC, dans les années 50/60, le matériel de la compagnie est d’occasion et est destiné à des mouvements essentiellement de manœuvres. Pas de service prestigieux donc, mais des roulements de trains de marchandises essentiellement et de rames de services.

La première photo est extraite du site hiveminer.com, photothèque que je vous invite à visiter.


Photo 771 : Une P8 allemande en état d’usage. Photo extraite du site hiveminer.com

La seconde est d’un auteur inconnu.


Photo 772 : Une locomotive à vapeur allemande type P8. Auteur inconnu

■ Démontage du modèle

Ma locomotive est un modèle Märklin déjà assez ancien : Le tender est vide de toute électronique et son attelage amovible est à goupille inversée. Il se sépare donc très facilement de la locomotive.

Le tender est démonté : je ne garde que la caisse, les bogies sont mis de coté.

La caisse de la loco est démontée et son châssis mis de coté.

■ Peinture antérieure

Particularité de cet exemplaire : j’en suis au moins le troisième propriétaire et l’un des précédents a certainement voulu la franciser en peignant en noir tout le châssis, les roues et les enjoliveurs des bogies du tender. Cela a été fait probablement avec de la peinture Humbrol non diluée, ce qui a empâté certains détails. C’est crado.


Photo 773 : La locomotive type P8 Märklin 3098 dans l’état où je l’ai reçue. Photo 774 : Un des enjoliveurs d’un bogie avant traitement. Sources : letraindemanu.fr

J’ai voulu commencer par nettoyer les enjoliveurs du tender avec une brosse rotative montée sur la Drémel. Mauvaise idée ! C’est une pièce en plastique. La brosse a usé un certains nombre de détails. J’ai donc décidé d’un autre moyen, par bain chimique dans du diluant Humbrol. Après quinze minutes et un bon nettoyage avec une brosse à dent dédiée, la plupart de la peinture noire a disparu. Il reste des traces, dans les recoins principalement, ce qui n’est pas incompatible avec les résidus de crasses qui s’y accumulent justement dans la réalité.

La caisse de la locomotive, qui n’a pas été repeinte, est nettoyée à l’eau chaude savonneuse.

■ Premières couches de peinture

Le travail sur la caisse de la locomotive commence par l’application d’une première couche de jus  » crasse « , ce jus issu du nettoyage de mes pinceaux et des restes de dilutions lors de mes séances de peintures précédentes. Le tout est très dilué à l’alcool médicinal à 70°. Si vous ne possédez pas un tel jus  » crasse « , vous pouvez en fabriquer en diluant 3/4 de noir mat, 1/4 de blanc de titane et 1 noisette de terre de sienne naturelle.

Plus le jus est dilué et plus on travaille avec des nuances subtiles faciles a maîtriser. Toujours attendre le séchage complet avant d’appliquer la couche suivante car la peinture fonce au séchage.

Toute la caisse est traitée, y compris la face avant, la cabine et et son intérieur.


Photo 775 : Première couche de jus  » crasse  » sur la P8 Märklin 3098. Source : letraindemanu.fr

Lorsque le résultat obtenu est satisfaisant, on pulvérise un voile de vernis mat en bombe à une quinzaine de centimètres. Ce voile va faciliter l’accroche ultérieure des terres à décor.

La caisse complète du tender est traité de la même façon.

■ Terres à décor

On applique de la terre à décor (TAD) blanche partout où l’eau coule et laisse des traces de tartre.

De la terre à décor mexico foncé est appliquée au niveau de la caisse, là ou peut se développer de la rouille : corps de chaudière, cheminée, platelages, traverse porte-tampons, recoins …

Puis j’applique généreusement de la TAD  » noir poussière  » à peu près partout. Y compris l’intérieur de cabine et même les personnages déjà en place.

Pour le charbon dans le tender, n’ayant pas de vrai charbon à disposition, j’ai pilé du charbon de bois pour en faire une poudre noire travaillée comme une TAD. J’a également appliqué cette TAD « maison » sur la locomotive de la cheminée à la cabine.

Le tout est fixé avec un léger voile de vernis mat. Attention à ne pas avoir la main lourde sur le vernis, sinon tout le travail de la TAD sera anéanti. Pas d’inquiétude toutefois : si cela arrive, il suffit de recommencer.

A la fin de cette première étape, voici le résultat :


Photos 776 à 778 : La locomotive série P8 de la DB, référence Märklin 3098 patinée. Il reste à traiter les châssis et les roues. Sources : letraindemanu.fr

A ce stade, s’il n’est pas possible de revenir totalement en arrière, mais des retouches peuvent être effectuées à la TAD. Si vous avez des remarques ou suggestions en ce sens, n’hésitez pas à m’en faire part.


Photo 779 : La Br38 après patine de sa caisse de locomotive et du tender. Source : letraindemanu.fr

Les roues

En principe, pour un tel travail, il faudrait démonter les roues. Encore faut-il avoir le matériel adéquat, ce qui n’est pas mon cas. Je passe une brosse rotative montée sur la Drémel pour retirer le plus possible la couche de peinture noire Humbrol déjà présente. Même si je n’arrive pas à tout ôter, la plus grande partie disparaît.

Je passe ensuite au pinceau fin du jus  » crasse  » sur l’ensemble des roues, des bielles, du châssis, et d’une manière général tout ce qui est apparent. Le tout est fixé avec un voile très léger de vernis.


Photo 780 : La Br38 après patine de son châssis. Source : letraindemanu.fr

S’en suit l’application de terre à décor (TAD) de couleur ocre mexico foncé puis d’une couche de noir poussière. Nouvelle couche de vernis.

Les enjoliveurs de bogies du tender

Ils sont traités de manière identique : trois couches de jus  » crasse « , une couche de TAD mexico foncé, une couche de noir poussière et un voile de vernis mat. Les roues du tender sont laissées noires et un polissage permet de retirer les accrocs de peinture. J’applique de la TAD noir poussière et un voile de vernis.


Photo 781 : En haut, la Br38 patinée. Pour comparer, la 230F non patinée. Source : letraindemanu.fr


Photo 782 : La Br38 patinée. Source : letraindemanu.fr

Voilà la bête terminée. Il ne me restera plus qu’à nettoyer la mécanique apparente et les roues pour un parfait fonctionnement et faire quelques petites retouches (pare-fumée et sur le tender).

Je vous laisse avec quelques beaux clichés réalisés par Sophie, ma belle-fille, qui réussit mieux les photos… que les gâteaux au chocolat.


Photos 783 et 785  : La Br38 patinée dans ZI Nord. Crédit photos  : Sophie Trieu pour letraindemanu.fr

Emmanuel

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