Par Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret
Modéliste ferroviaire depuis 1975 (Île-de-France, France)
📅 Publié initialement le
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🎥 Parcours vidéo & expertise de terrain :
Praticien de l’image de terrain depuis 2005, Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret a fait ses débuts lors des événements urbains, sportifs et culturels de sa commune francilienne avant d’assurer la couverture de reportages politiques (première captation vidéo du conseil municipal de la ville) et d’intervenir comme prestataire associatif de 2010 à 2014. Orienté reportage brut, mémoire et témoignage, il partage ici son retour d’expérience sur la gestion technique et juridique des flux vidéo.

Sortir son appareil photo ou son smartphone pour immortaliser du matériel roulant sur le réseau est une pratique courante chez les ferroviphiles. Mais entre droit à l’image, règlements d’exploitation, exceptions légales et sécurité sur les quais, la frontière entre simple passion et infraction juridique est parfois floue. Voici le point complet sur la législation à jour pour filmer et photographier sereinement.
Sommaire
Sur les réseaux sociaux et YouTube, les spotters partagent quotidiennement des milliers de clichés et de vidéos ferroviaires. Si la prise de vue en pleine ligne extérieure ne pose généralement aucun problème, la pratique en gare, en station ou à proximité des emprises suscite encore des interrogations — et parfois des contrôles inutilement tendus avec les agents de sûreté.
Pour pratiquer sa passion en toute sécurité et sans risquer le dérapage juridique, un rappel clair des règles s’impose.
⚠️ Périmètre du dossier : Ce guide s’adresse exclusivement aux amateurs et passionnés réalisant des prises de vues à titre personnel, sans but lucratif ni exploitation commerciale (les tournages professionnels relèvent d’autorisations spécifiques). La législation et les règlements d’exploitation évoluant très rapidement, ce dossier a été intégralement révisé et mis à jour en août 2026.
Captation et diffusion : deux responsabilités juridiques distinctes
Pour aborder le droit à l’image sans se mélanger les pinceaux, il faut impérativement séparer deux étapes que l’on a tendance à confondre : la captation et la diffusion. À chaque étape correspond un statut et un niveau de responsabilité bien précis.
- La captation (vous êtes l’auteur) : C’est le fait d’enregistrer une image ou un son sur un support quelconque (smartphone, reflex, caméra, drone). En pleine ligne ou dans un lieu ouvert au public, cet acte est largement toléré tant qu’il respecte la sécurité et la tranquillité des lieux.
- La diffusion (vous devenez l’éditeur) : C’est le fait de rendre cet enregistrement accessible à des tiers ou au grand public (blog, YouTube, TikTok, Facebook, revue papier). C’est à cet instant précis que vous endossez la qualité d’éditeur responsable de la mise en ligne. C’est là que le risque juridique bascule.
💡 Et la plateforme dans tout ça ? L’hébergeur (YouTube, Meta, WordPress) bénéficie d’un régime de responsabilité atténuée : il n’est pas tenu de surveiller a priori les contenus. En revanche, dès qu’un contenu illégal lui est signalé, il doit agir rapidement sous peine de voir sa responsabilité engagée. En cas de litige sur le droit à l’image, c’est la responsabilité personnelle du diffuseur (la vôtre) qui est engagée.
Séparer ces deux temps est essentiel : un agent en gare ou un conducteur peut très bien accepter de se laisser photographier pour vos archives personnelles (captation), tout en refusant catégoriquement d’apparaître sur votre chaîne YouTube (diffusion).
Un empilement de droits à ne pas négliger
Le droit à l’image individuel est le plus connu, mais ce n’est pas le seul. Selon l’endroit où vous vous trouvez et ce que vous pointez avec votre objectif, plusieurs couches réglementaires peuvent s’additionner :
- Les droits artistiques et la propriété intellectuelle : Ils protègent les créations (œuvres d’art en gare, livrées spécifiques, musiques de fond dans vos montages vidéo).
- Le droit architectural : Certains bâtiments récents ou ouvrages d’art sont protégés par le droit d’auteur de leur architecte.
- Le statut du lieu (public ou privé) : Filmer depuis une voie publique n’impose pas le même cadre que filmer dans l’enceinte d’une gare, dans un dépôt ou lors d’un événement privé.
- Le droit commercial et les droits patrimoniaux : Dès lors qu’une image est utilisée pour générer des revenus ou promouvoir une marque, les contraintes se durcissent considérablement.
🎵 À ce sujet : Pour éviter les blocages de vos vidéos vidéo et gérer sereinement les bandes-sons sur vos montages, retrouvez notre dossier dédié : YouTube et droits d’auteur : le guide pratique (parution aujourd’hui à 18h30).
⚖️ Cadre territorial : Les règles détaillées dans ce dossier s’appuient strictement sur la législation française. Si le droit européen tend à s’harmoniser (notamment sur le RGPD), certains pays — en particulier anglo-saxons — appliquent une culture juridique plus permissive quant aux prises de vues dans l’espace public (concept de Fair Use ou de Public Domain).
Droit de la personnalité
Le Cabinet Boucharra, avocats spécialisés en droit numérique, définit ainsi les droits de la personnalité :
« Droits fondamentaux et inaliénables inhérents à la personne humaine, les droits de la personnalité se définissent par principe comme les droits qui assurent à l’individu la protection des attributs de sa personnalité (vie privée, droit à l’image, voix) et garantissent son intégrité morale. »
Fondés sur l’article 9 du Code civil, les droits liés à la personnalité sont inaliénables. Ils font l’objet d’une jurisprudence abondante et stricte, d’autant plus avec la généralisation des smartphones, de la miniaturisation des caméras et de la rapidité de diffusion sur les réseaux sociaux.
Le droit à l’image concerne toutes les personnes physiques, qu’elles soient anonymes ou célèbres. En principe, le consentement d’une personne identifiable doit être exprimé par écrit, en précisant le support et le cadre du projet. Un accord donné pour une utilisation personnelle ne vaut pas autorisation pour une diffusion publique (sur YouTube ou un blog).
Les poursuites pour violation du droit à l’image peuvent relever du volet civil (octroi de dommages et intérêts pour préjudice moral) et/ou du volet pénal (article 226-1 du Code pénal : jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende pour captation ou diffusion sans consentement dans un lieu privé).
Lors de vos prises de vues, efforcez-vous de recadrer pour éviter les visages trop identifiables au premier plan. À défaut, le floutage reste la meilleure protection juridique.
La Loi n° 2024-120 du 19 février 2024 a réaffirmé la protection stricte de la vie privée des enfants (article 372-1 du Code civil). Comme le rappelle régulièrement la jurisprudence, les magistrats appliquent une sévérité maximale dès lors qu’un mineur est exposé sur Internet sans autorisation écrite explicite de ses représentants légaux. En cas de doute sur l’âge d’une personne en arrière-plan ou sur un quai, le floutage est obligatoire.
Les exceptions légales aux droits de la personnalité
Le droit à l’image n’est pas absolu : il est mis en balance avec le droit à l’information, la liberté d’expression et la liberté de création artistique et culturelle (garantis par les textes européens et nationaux).
Un accord individuel écrit n’est pas nécessaire pour diffuser une image, sous réserve de respecter la dignité de la personne et à condition que la photo/vidéo ne soit pas exploitée dans un but commercial ou publicitaire :
- Scènes de foule et espaces publics : Prise de vue d’un groupe de personnes sur un quai ou dans une rue, dès lors qu’aucune personne n’est isolée ou cadrée comme sujet principal de l’image.
- Événements d’actualité et manifestations publiques : Inauguration d’une ligne, circulations spéciales, voyages d’adieu d’un matériel roulant, au titre du droit à l’information.
- Personnalités publiques dans l’exercice de leurs fonctions : Un élu ou un dirigeant ferroviaire lors d’une cérémonie officielle (dans le strict cadre d’un sujet d’information).
- Sujets historiques et documentaires : Illustration d’un patrimoine ou d’un fait historique où les individus n’apparaissent qu’à titre accessoire.
Pour consulter le détail des règles administratives applicables aux particuliers, la fiche officielle Service-Public.fr sur le droit à l’image offre une excellente synthèse opérationnelle.
Au-delà des droits et devoirs du photographe / vidéaste, découvrez comment sauver une vidéo Youtube. Consultez notre dossier complet « YouTube & Droits d’auteur : Sauver une vidéo et sa monétisation sans perdre ses vues » : YouTube & Droits d’auteur : Sauver une vidéo et sa monétisation sans perdre ses vues .
Définition d’un lieu public
Pour bien appréhender les règles du jeu sur le terrain, il faut maîtriser la nuance fondamentale entre voie publique et lieu ouvert au public.
- La voie publique : Rues, places, ponts, sentiers. L’espace appartient au domaine public et la liberté de capter des images y est la règle générale (sous réserve du respect du droit des personnes et de l’ordre public).
- Le lieu privé ouvert au public (ERP) : Halles de gares, quais, réseaux de métro, centres commerciaux. Toute personne y a accès, mais l’exploitant y conserve son pouvoir de police interne et d’attribution.
Filmer un train depuis un pont routier (voie publique) relève de la liberté générale de circuler et de photographier. Filmer ce même train depuis un quai de gare (lieu ouvert au public) vous soumet immédiatement au règlement intérieur de l’exploitant ferroviaire (SNCF, RATP, réseaux urbains ou régionaux).
« […] Constituent traditionnellement des lieux ouverts au public les lieux dont l’accès est libre ainsi que les lieux dont l’accès est possible, même sous condition, dans la mesure où toute personne qui le souhaite peut remplir cette condition (paiement d’un titre par exemple). Les commerces, les établissements bancaires, les gares, les aéroports et les différents modes de transport en commun sont ainsi des espaces publics […] »Qu’est-ce qu’un établissement ouvert au public (ERP) ?
Source : Réponse du Ministère de l’Intérieur — Sénat
Selon la doctrine administrative officielle (préfectorale), sont notamment considérés comme établissements ouverts au public :
- Tous les services publics, dans leurs parties accessibles au public ;
- Les établissements privés accueillant du public derrière le guichet (mais non les locaux exclusivement réservés au personnel, par exemple les agences bancaires) ;
- Les commerces de détail (hors réserve, bureau, etc.) ;
- Les centres commerciaux (hors réserve, bureau, salle de repos du personnel, etc.) ;
- Les débits de boissons et les restaurants (hors parties privatives) ;
- Les parties accessibles au public des établissements de soins ou maisons de retraite (parking et hall d’accueil par exemple), à l’exclusion des parties accessibles sous code, des circulations desservant les chambres et les chambres elles-mêmes.
Attention si vous pratiquez aussi le spotting aéronautique : la règle générale de la voie publique connaît des exceptions locales très strictes ! Autour de grandes plateformes comme Paris-CDG ou Le Bourget, des arrêtés préfectoraux spécifiques soumettent la prise de vues à une autorisation préalable obligatoire, même si vous êtes installé sur le domaine public (chemins de ronde, voies publiques en bordure de grillage). Penser que la voie publique autorise tout par défaut peut ici mener droit à une verbalisation.
Les différents lieux des trainspotters
Dans les gares SNCF
Sur les réseaux sociaux, les ferroviphiles partagent quotidiennement des clichés et vidéos captés dans les gares. Pourtant, de nombreux témoignages font état de tracasseries et de contrôles très disparates selon les sites. Peut-on légalement filmer ou photographier en gare ?
Interrogée sur ce point, la direction de la communication de SNCF Gares & Connexions apporte une clarification nette :
« Les prises de vues à but non professionnel sont en effet librement autorisées dès lors qu’elles ne gênent pas les voyageurs et les agents en gare.
Il se peut que des agents de la sécurité interviennent ou effectuent des contrôles d’autorisation si les prises de vues se déroulent sur des créneaux longs (si la personne photographie la gare pendant 1h) ou si les prises de vues deviennent une gêne pour la circulation des voyageurs ou le travail des agents.
Les agents sont également plus attentifs durant les jours de forte affluence comme les départs en vacances, les week-ends… »
Source : Réponse du service communication de SNCF Gares & Connexions (31 juillet 2023)
- Droit à l’image des personnes : Excluez toute captation d’individus identifiables (voyageurs, agents SNCF, prestataires). Concentrez vos cadres sur le matériel roulant, l’infrastructure ou l’architecture.
- Utilisez du matériel discret et léger, tenu exclusivement à la main.
- Trépieds et monopodes déconseillés : Tout accessoire posé au sol est perçu comme une installation statique assimilable à un tournage professionnel ou gênant la circulation des voyageurs.
- Flash strictement interdit : Risque d’éblouissement ou de perturbation visuelle pour les conducteurs et agents de manœuvre.
- Restez impérativement dans les espaces accessibles aux voyageurs (interdiction absolue d’accéder aux voies, dépôts et zones de service).
- Pour les tournages professionnels ou commerciaux, contactez le service dédié aux demandes de tournages de la SNCF.

Source : letraindemanu.fr
Sur les réseaux de transports urbains
À la RATP (Paris et Île-de-France), le cadre est clairement défini par la signalétique officielle d’information aux voyageurs.
Les prises de vues sont tolérées dans les gares et stations dès lors qu’elles sont réalisées à titre personnel, sans but lucratif et sans occasionner de gêne. Il s’agit d’une tolérance d’exploitation et non d’un droit général. Le trépied, le monopode, l’éclairage d’appoint et le flash y sont strictement proscrits.
Le barème officiel des infractions de la RATP (voir la liste officielle des infractions RATP, page 4) classe l’exécution de prises de vues ou de sons sans autorisation réglementaire (dès lors qu’on dépasse le cadre toléré) parmi les infractions de 4e classe, verbalisables par une amende forfaitaire de 150 €.
- Dans les bus : La prise de vue y est pratiquement impossible en pratique. La proximité des voyageurs et du conducteur rend la captation très intrusive pour la vie privée et peut être jugée comme une gêne à la conduite.
- Dans les tramways : Filmer depuis le trottoir (voie publique) relève de la liberté générale. Filmer à l’intérieur de la rame ou sur un quai dédié relève du règlement intérieur.
- Droit à l’image (agents et usagers) : Comme le rappelle explicitement l’affiche RATP, les prises de vues restent soumises au droit à l’image des voyageurs et des agents de l’entreprise. En milieu souterrain ou en espace clos, soignez vos angles et privilégiez le floutage systématique des visages.
Méfiance absolue lors de vos déplacements en région ! Si la région parisienne applique une certaine tolérance sous conditions, la majorité des réseaux de transports urbains régionaux imposent une autorisation préalable obligatoire sous peine de verbalisation immédiate :
- Lille (Ilévia) : Prises de vues fixes, mobiles ou sonores interdites sans autorisation écrite de l’exploitant.
- Marseille (RTM) : Photos et vidéos strictement interdites (véhicules, enceintes, personnels) sauf autorisation expresse à présenter sur simple demande.
- Toulouse (Tisséo) & Rennes (STAR) : Interdiction formelle de photographier ou filmer sans autorisation dans les véhicules et stations.
⚠️ À retenir en région : Les stations et rames étant des lieux privés ouverts au public (ERP), l’exploitant local a légalement le droit d’être plus restrictif que le droit commun. Renseignez-vous toujours sur le règlement intérieur local avant de sortir l’appareil.
À garder en tête pour l’avenir : Avec l’allotissement progressif des lignes franciliennes sous l’égide d’Île-de-France Mobilités (ouverture à la concurrence des bus, tramways et RER/métro), le réseau est désormais confié à plusieurs opérateurs distincts (RATP Cap Île-de-France, Keolis, Transdev…). Si la tolérance RATP reste la référence historique, il convient de rester vigilant : chaque exploitant délégataire pourra être amené à préciser ses propres conditions de prise de vues dans son règlement d’exploitation.
Dans les expositions

Source : letraindemanu.fr
Organisées par des associations avec le concours de collectivités territoriales, les expositions de modélisme ferroviaire se déroulent généralement dans des salles municipales ou des parcs d’expositions. Bien que leur accès soit souvent payant, il s’agit de lieux ouverts au public (ERP). L’accès aux lieux ne pose donc aucun souci juridique aux photographes amateurs.
En revanche, la gestion de l’image dépend fortement des trois catégories de personnes présentes sur place :
-
Les exposants (créateurs et commerçants) : Ils viennent pour présenter leurs œuvres ou promouvoir leur marque. Leur accord pour être photographiés ou filmés derrière leur stand est considéré comme tacite, et beaucoup posent très volontiers.
Bonne pratique : Accompagnez vos publications d’un texte explicatif valorisant. Avec les acteurs économiques, veillez à garder un ton purement informatif sans verser dans la publicité déguisée. - Les organisateurs : Présents aux points stratégiques (accueil, buvette), leur accord est également tacite pour les besoins du reportage.
- Les visiteurs : Les allées étant souvent étroites, les visages sont facilement identifiables. La solution idéale consiste à les photographier de dos ou en vue plongeante (depuis des gradins ou escaliers) : cela met en valeur l’affluence du salon sans porter atteinte au droit à l’image.
Les enfants ne doivent jamais être identifiables sur vos images ou vidéos sans l’accord express des parents. Soignez vos cadrages ou appliquez un floutage systématique. De même, les repas d’exposants et les zones « coulisses » relèvent strictement du cadre privé.
Pensez à expurger ou couper le son d’ambiance si vos micros captent des discussions privées intelligibles ou des transactions commerciales entre vendeurs et clients.

Source : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret : letraindemanu.fr
Trains touristiques
Sur les réseaux touristiques et lignes historiques, la captation d’images s’articule autour des mêmes règles de bon sens, avec une distinction claire entre les équipes du train et les passagers.
- Le personnel associatif : Bénévoles ou salariés de structures associatives, ils sont généralement ravis de voir leur travail de restauration et d’animation mis en valeur. L’accord pour les photographier en situation de travail est très largement tacite.
- Le public et les familles : Les trains touristiques drainent un public très familial, des centres aérés et des colonies de vacances. La présence d’enfants y est massive : leur image ne doit jamais apparaître sans autorisation parentale. Par précaution, privilégiez le cadrage serré sur le matériel ou le floutage systématique des voyageurs.
Certains trains perçus comme « touristiques » par le grand public sont en réalité de véritables lignes régulières de service public gérées par de grandes entreprises régionales ou nationales (le Train Jaune dépendant de la SNCF, le Tramway du Mont-Blanc ou les Chemins de Fer de la Corse). Les agents y sont salariés d’établissements publics : le droit à l’image classique s’y applique strictement et leur accord préalable est obligatoire avant toute diffusion.

Source : letraindemanu sur YouTube
Dans les musées
Nous n’évoquerons ici que les musées à caractère ferroviaire. Les autres institutions muséales obéissent à des cadres juridiques très variables selon leur statut public ou privé et la nature des œuvres exposées.
Bien que le ministère de la Culture encourage les prises de vues depuis 2014 via sa charte « Tous photographes ! », ce document conserve une valeur purement indicative et sans portée juridique contraignante. Cette initiative a néanmoins contribué à faire évoluer favorablement les mentalités des institutions envers les passionnés d’images, un sujet analysé par Héloïse Putaud dans son article du 25 mars 2021 publié sur le site L’art de muser.
Aujourd’hui, la majorité des musées ferroviaires autorisent les captations à main levée. En revanche, les trépieds, monopodes, flashs et perches à selfie y sont quasi systématiquement proscrits afin d’assurer la sécurité des collections et de ne pas entraver la circulation des autres visiteurs. Dans certains lieux d’exception comme le Musée Rambolitrain, des règles de bon sens s’imposent également, comme l’interdiction d’avancer son appareil au-dessus des maquettes pour éviter toute chute de matériel sur les décors.
La plupart des règlements intérieurs autorisent la photo pour un usage strictement personnel. Or, la publication sur un blog, une chaîne YouTube ou une page Facebook bascule juridiquement dans le champ de la diffusion publique dès lors qu’elle s’adresse à un cercle étendu. C’est également le cas sur les groupes dits « privés » dont les membres ne partagent pas de liens familiaux ou amicaux étroits.
En pratique, la plupart de nos musées ferroviaires — souvent gérés par des équipes de passionnés et des bénévoles — accueillent très favorablement cette visibilité numérique. Ce fut notamment le cas lors de mon reportage au Musée du cheminot d’Ambérieu-en-Bugey. Curieusement, très peu d’entre eux mentionnent explicitement les conditions de prises de vues sur leur site internet : la courtoisie et le bon sens restent donc vos meilleurs alliés à l’accueil !

Source : letraindemanu.fr
Préparez vos reportages
Sauf lorsqu’on immortalise un événement sur le vif ou une circulation inattendue, un reportage photo ou vidéo réussi s’organise toujours en amont. Il ne s’agit pas de monter un dossier d’autorisation officielle complexe comme pour un tournage commercial, mais simplement d’anticiper sa venue, en particulier pour la visite d’un musée, d’une exposition de modélisme ou d’un train touristique.
En prenant contact au préalable avec la structure organisatrice ou l’association exploitante, vous facilitez le travail de terrain. Cette démarche de courtoisie débloque bien souvent un accueil privilégié, un accompagnement personnalisé, voire une interview ou l’accès exceptionnel à des zones habituellement fermées au grand public.
Bien entendu, cette prise de contact est plus fluide si vous disposez d’un blog ou d’une chaîne bénéficiant déjà d’une certaine antériorité pour asseoir votre légitimité. C’est précisément cette préparation en amont qui a permis d’obtenir des immersions exclusives, comme lors de mes reportages au Chemin de Fer des Chanteraines ou sur le réseau du Chemin de Fer de Vendée.
- Anticipez (1 à 2 semaines minimum) : Sauf rares exceptions, les réseaux touristiques et musées associatifs sont gérés par des bénévoles sur leur temps libre. Une demande d’accueil ou d’interview nécessite souvent un délai de concertation interne. Pour un accueil dans de bonnes conditions, laissez le temps à l’organisateur/exploitant de préparer votre venue.
- Présentez votre support : Indiquez clairement où seront diffusées les images (blog, YouTube, réseaux sociaux) et votre ligne éditoriale.
- Précisez vos besoins : Horaire de passage souhaité, matériel léger utilisé, axes de reportage envisagés.
- Valorisez la structure : Rappelez que votre démarche vise à promouvoir leur patrimoine, leur matériel préservé ou le travail de leurs équipes.
Allez au-devant des gens : N’hésitez pas à aborder spontanément les personnes présentes pour expliquer votre démarche et solliciter leur accord. Un échange souriant et respectueux désamorce immédiatement les inquiétudes et suscite une vraie bienveillance face à votre objectif (hors enfants mineurs, qui restent soumis à l’accord parental strict). En vidéo, l’enregistrement de l’accord vaut autorisation. En photo, un formulaire pré-rempli est souhaitable.
Rendez-vous identifiable : Le port d’un badge nominatif, d’une veste sérigraphiée au nom de votre média ou blog (ou d’un chasuble haute visibilité adapté lors des captations dans les zones de sécurité autorisées) rassure les équipes et le public. Vous n’êtes plus un inconnu mystérieux, mais un passionné identifié et professionnel dans sa démarche !
Conclusion : Nos droits d’auteur, les nôtres
Ça y est, nous avons capté des images ferroviaires inoubliables et nous venons fièrement de les publier sur notre site ou nos réseaux sociaux ! À nos yeux, ces clichés sont uniques et rapportent à notre communauté des témoignages d’une grande valeur patrimoniale.
Sachons pourtant garder une certaine modestie. Sauf à exercer comme professionnel à des fins commerciales, nos images restent avant tout de superbes souvenirs de loisir et de passion. Les gares, matériels ou réseaux touristiques que nous photographions ont souvent déjà été immortalisés sous tous les angles par d’autres passionnés avant nous.
Gardons à l’esprit l’essence même de notre démarche : le simple plaisir du partage ferroviphile. Pour faire la différence, accompagnons nos visuels d’un texte personnalisé, horodaté, explicatif et habilement rédigé. Car si une image brute peut être similaire à une autre, votre récit, vos explications et votre ressenti constituent, eux, une véritable création de l’esprit !
Apposer un filigrane ou une signature permet de revendiquer la paternité de son cliché, mais ne constitue pas un rempart absolu contre le recadrage ou le vol d’image. Dès qu’une photo est mise en ligne, nous acceptons le risque qu’elle circule. Tant que ces partages restent non lucratifs, respectent le droit d’auteur en citant explicitement votre nom et intègrent un lien vers votre site source, il n’y a pas de quoi se prendre la tête !
N’oublions pas non plus que, dans la plupart des cas, nous avons nous-mêmes été autorisés gracieusement à capter ces lieux, événements ou matériels roulants dont nous ne possédons aucun droit patrimonial. Pour protéger proprement vos travaux tout en favorisant le partage sain, l’utilisation des licences internationales Creative Commons (notamment la licence CC BY-NC-SA) reste la meilleure option juridique.
Juste le plaisir de partager notre passion.
Bonnes prises de vues à tous !
Emmanuel
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Bonjour ,
J’aimerais beaucoup photographier l’intérieur d’un poste d’aiguillage d’une petite gare comme part exemple celle de Bully-Grenay dans le 62. Je suis un passionné d’histoire et en plus cela m’intrigue de savoir comment ça marche sans oublier que je suis photographe amateur.
Pensez-vous que je puisse faire ses photos en me rendant directement à cette gare ?
Si oui dois-je me présenter au chef de gare concerné ?
Bien sûr les photos ne seront pas diffusé sur les réseaux sociaux et resterons pour moi uniquement.
Dans l’attente d’une réponse de votre part dans les plus brefs delais.
J’ai quelques doutes que tu puisses y aller à l’arrache. Un poste d’aiguillage est un élément de sécurité (de l’infrastructure et la tienne aussi) auquel tu n’auras pas accès sans autorisation écrite. Il te faudra donc solliciter une autorisation de tournage auprès de la SNCF. La SNCF a un service dédié.
Et j’ai des doutes si tes images n’ont pas vocation à être publiées.
Ainsi des médias (hors presse, type médias sociaux Youtube) se sont vu attribuer des autorisations en technicentre (par exemple) qui sont eux aussi des lieux sensibles en matière de sécurité, mais parce que le média en question a une certaine notoriété (followers) et que le reportage impulse une image positive de l’entreprise ce qui implique une diffusion (même si elle n’est pas commerciale).
Autre option : s’inscrire aux évènementiels type nuit des musées ou JEP. La SNCF y ouvre souvent des lieux habituellement fermés au public, le plus souvent sur inscription préalable (places limitées pour raison de sécurité).
Bonjour et merci pour cet article très instructif.
Il se trouve que mon fils âgé de 17 ans photographie régulièrement des trains en photo et il a reçu très récemment une « indemnité forfaitaire » à hauteur de 200€ pour, je cite, » interdiction de filmer et photographier en gare de MELUN ».
Savez-vous si une contestation peut aboutir avec un succès certain ?
Par ailleurs, il s’est toujours assuré de ne jamais photographier d’individu sur ses prises de vue. Il était aussi accompagné d’un ami trainspotter qui n’a pas reçu d’amende car il n’a pas pu présenter de pièce d’identité lors du contrôle.
Merci beaucoup !
bonjour,
il me semble que cette amende forfaitaire pourrait être contestée sur le fondement du caractère public de l’établissement, dès lors que les prises de vues sont sur les emprises ouvertes au public. Une amende forfaitaire doit s’appuyer juridiquement sur un réglement, à condition que ce dernier n’a pas été l’objet d’une jurisprudence opposée. Même un règlement ou un arrêté peut être contestée s’il est abusivement attentatoire aux libertés individuelles ou dont la portée est disproportionnée aux objectifs dudit arrêté.
Je me réfère ici à la réponse qui m’a été formulée par la SNCF dans le cadre de cet article.
Pour autant, l’avis d’un avocat spécialisé dans le droit à l’image pourrait vous éclairer dans une telle contestation.
Car la jurisprudence est abondante et parfois contradictoire.
Très intéressant, cet article. Je suis dans le département du Nord et président d’une association ferroviaire. Je lisais en particulier une partie de l’article consacrée à Lille.
Deux remarques :
je trouve votre page très intéressante, je voudrais savoir quel droit ont à pour faire des photos de train en dehors de tout lieu public mentionné dans cet article, je suis photographe amateur, merci de me tenir informé
En dehors de tout lieu public ? Je n’ai pas saisi le sens de la question. Car ce qui n’est pas public est privé.
En gros, il y a 3 types de lieux : les lieux publics (voie publique, jardin public,…), les lieux privés ouverts au publics (avec ou sans perception d’un droit d’entrée, gare, musée, …) et les lieux privés.
peux-tu préciser ta question ?
je voulais dire, en dehors des gares, métro, quel droit à t’ont, lorsque ont prend en photo des trains en circulation, par exemple : un train qui circule sur une ligne de campagne, ou en montagne, des lieux qui ne sont pas fréquentés par du public exemple, voilà ma question merci
Dès lors que tu es sur l’espace public, il n’y a pas de restriction particulière.
Il faut juste veiller à ne pas entrer sur une emprise ferroviaire interdite au public (par sécurité essentiellement) et toujours faire attention au gabarit des trains (collision) et leur vitesse (déstabilisation)
Bonjour, je découvre aujourd’hui votre site très intéressant.
A 24 ans, passionné de gares, j’ai photographié depuis l’âge de 12 ans jusqu’à aujourd’hui 1036 gares en France.
Je recherche des passionnés de gares, comme moi, pour échanger. Connaitriez-vous des sites où je pourrais les contacter?
Merci d’avance.
Cordialement.
Maël MOINIER
Bonjour Maël
Tu trouveras sans doute plus facilement des sites internet non par gares, mais par lignes de chemin de fer. Généralement (sauf agent ferroviaire roulant) les passionnés se concentrent sur une ligne ou les lignes d’une région en particulier. Ce choix est souvent lié à la domiciliation de l’auteur ou d’un de ses parents. Ces sites proposent souvent des documents à caractère historique et des iconographies anciennes. Un vrai délice.
Il en est de même pour les ouvrages ècrits.
Enfin, sache que ce site sera heureux de t’accueillir à l’occasion d’une carte blanche si tu souhaites partager quelques-uns de tes clichés accompagnés d’un texte informatif.
https://letraindemanu.fr/category/cartes-blanches/
amicalement
Emmanuel
Un rappel très approprié eb période de vacances
Il y a 3 ans à la gare de Bordeaux j’ai voulu prendre des photos des trains en attendant les enfants à la gare. J’ai pas eu le temps de faire 2 photos qu’un agent de secu m’a tombé dessus et m’a demandé d’arrêter. Pourtant je ne prenais que du matériel et pas des gens. Si j’avais su j’aurais insisté.
Bravo pour cet article très documentée.