Dans sa pratique quotidienne, le modéliste ferroviaire est amené à utiliser des appareils dangereux et des produits nocifs.
Aborder la sécurité en atelier de modélisme n’est pas une contrainte. Il est donc particulièrement pertinent de prévenir les risques et de rappeler les règles de sécurité indispensables, ainsi que les bonnes procédures, pour s’adonner à notre passion en toute quiétude.
Au-delà de la passion du modélisme, la sécurité à l’atelier est pour moi une seconde nature. Riche de 10 ans d’engagement comme secouriste en association agréée de sécurité civile, de 2 ans comme sapeur-pompier volontaire et de 20 ans de carrière comme infirmier Diplômé d’État, je vous partage ici une approche concrète de la prévention, axée sur la santé respiratoire, la protection cutanée et la réduction des risques au quotidien.
Avec 4,5 millions de recours aux urgences, 500 000 hospitalisations et 20 000 décès par an [1], l’accident de la vie courante est un enjeu majeur de Santé publique.
Parmi ces chiffres inquiétants, un site de prévention dénombre 300 000 accidents pour la seule activité de bricolage et de jardinage [2]. Et comme dans la majorité des accidents, le facteur humain est prépondérant.
Le modélisme ferroviaire, avec ses outils tranchants, ses appareillages motorisés et ses produits nocifs, n’échappe pas à ces risques qu’il convient de rappeler.
Et cela ne concerne pas que les débutants : une étude de l’Institut de veille sanitaire pointait déjà la tranche d’âge des 25/44 ans comme principale victime [3].
1. Sécurité en atelier : prévention individuelle et EPI
Bonnes conditions psychiques et vigilance
Pas de bricolage après avoir consommé de l’alcool. Cela peut paraître évident, mais c’est nécessaire. On oublie donc la séance de travail le dimanche après un bon déjeuner familial bien arrosé. Exit également la petite mousse rafraîchissante pendant une pause méridienne. On réserve ce temps de convivialité quand tout est fini, l’outillage rangé et la pièce nettoyée pour admirer l’avancée des travaux.
Pas de bricolage sous certains traitements médicaux. Beaucoup de médicaments entraînent des troubles de la vigilance. Et pas que des traitements psychotropes (anxiolytiques, antidépresseurs,..) ! Des médicaments cardio-vasculaires, neurologiques… peuvent influencer la concentration et les réflexes. Ils sont généralement signalés par des pictogrammes sur leur emballage.
Tous les patients sous antiagrégants plaquettaires (aspirine, Plavix®, …) ou anticoagulants saignent facilement et plus longtemps et cicatrisent plus difficilement. Sous ces traitements, on fait donc preuve de plus de vigilance. On met également à jour sa vaccination antitétanique. N’hésitez pas à en parler avec votre médecin, pharmacien ou infirmière.
Pas de bricolage de mauvaise humeur. Il faut être serein. Pas de séance donc après une engueulade avec un parent, une prise de tête avec Chéri-chéri, ou après avoir ouvert le dernier courrier de rappel des impôts et ses 10% d’augmentation. La moindre contrariété durant la séance risque de tourner à la catastrophe : accident physique mais aussi ratage artistique.
Vêtements adaptés
L’idéal, c’est la salopette dédiée. On privilégie les manches courtes et on évite les vêtements trop amples qui risquent de s’accrocher ou ceux trop serrés qui gêneront les mouvements. On préfère des vêtements en coton plutôt que synthétiques moins vulnérables aux produits chimiques et au feu.
Les chaussures doivent être confortables, de préférence renforcées à leur extrémité (chaussures dites de sécurité). Et surtout antidérapantes. Chaussure de sécurité n’est plus synonyme de grosse godasse de chantier. On trouve des baskets renforcées très adaptées à notre pratique : l’Enseigne Lidl propose régulièrement des chaussures de sécurité basses et hautes très abordables et confortables.
Les cheveux longs, c’est beau. Mais ça peut présenter non seulement une gêne mais surtout un vrai risque, notamment avec les outils motorisés. Les cheveux longs sont donc attachés. L’idéal est même de les couvrir d’une charlotte.
On retire également ses bijoux. Non seulement ils peuvent gêner les mouvements mais en plus ils ne font pas bon ménage avec nos produits chimiques et nos contorsions (montres, bracelets, bagues et colliers). Les grosses boucles d’oreilles sont proscrites.
Indispensables lunettes
Les yeux sont précieux et fragiles. Il ne faut pas hésiter à investir dans des lunettes de protection de qualité. C’est un investissement durable et primordial. Il faut protéger les yeux des éclats et corps étrangers (travaux sur les bois, métaux et plastiques), les préserver de toutes projections (solvants, décapants, …) ainsi que des nombreuses poussières (sciage, ponçage, …). Leur taille doit permettre le port d’éventuelles lunettes correctrices.
Voies respiratoires
Le port d’un masque anti-poussière est nécessaire pour toutes les opérations génératrices de particules fines : sciage et ponçage en particulier. Méfiez-vous des outils électriques sur lesquels on peut brancher le tuyau d’aspirateur. Non seulement cela ne protège pas à 100% des particules, mais surtout ils peuvent être une gêne dans le maniement de l’appareil. C’est le cas de la scie sauteuse notamment. Dangereux.
Il faut également protéger les voies aériennes de la toxicité de nombreux produits volatiles. Les inhalations nocives peuvent conduire à des réactions allergiques voire des troubles neuromusculaires. Cela est d’autant plus important que le temps d’exposition est long et l’atelier mal ventilé.
Les mains
Il existe toute une panoplie de gants protecteurs pour protéger nos mains des risques d’abrasions, d’entailles, de corps étrangers et de brûlures. En modélisme ferroviaire, les risques majeurs sont les entailles parfois profondes jusqu’aux tendons qui sont des urgences chirurgicales (scies diverses, cutter,…) et les corps étrangers (échardes, éclats,…).
Le bruit
Le bruit est à la fois un risque pour votre audition mais aussi une source de conflit avec le voisinage.
Protégez vos tympans avec des bouchons ou un casque anti-bruit lors de l’utilisation d’appareillages bruyants. Le risque auditif est largement sous-estimé par les utilisateurs.
Pensez à respecter la tranquillité de votre entourage en bricolant à des heures décentes. En cas de gros œuvre sur une journée, un petit mot aimable à l’attention de vos voisins évite souvent des conflits.
Si le « tapage » nocturne est réprimé, les « bruits de comportements » diurnes le sont tout autant. Ainsi, l’article R 1334-31 du Code de la santé publique stipule :
« Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme, dans un lieu public ou privé, qu’une personne en soit elle-même à l’origine ou que ce soit par l’intermédiaire d’une personne, d’une chose dont elle a la garde ou d’un animal placé sous sa responsabilité. » [4]
2. Sécurité en atelier : prévention des lieux
Rangements
- Sécurité des enfants : Aucun enfant ne doit pénétrer dans l’atelier sans la surveillance d’une personne expérimentée. Pour nos plus jeunes, plus l’apprentissage de la prévention est précoce, plus il est durable. Et le meilleur apprentissage, c’est le bon exemple donné par les adultes. Pour ce qui est du maniement des objets sensibles, il convient de s’adapter à la maturité, à la curiosité et à la dextérité de l’enfant. Chacun évolue à son rythme.
- Animaux domestiques : Bien sûr Médor et Tigrou sont interdits de séjour dans l’atelier ! D’autant plus qu’eux ne portent aucune protection.
- Produits dangereux : Tous les produits dangereux sont rangés en hauteur, hors de portée des enfants. Si besoin, le placard est muni d’un verrouillage.
- Produits inflammables : Ils sont de préférence rangés dans une armoire ou une cantine métallique dédiée qui retardera un éventuel départ de feu. Fermée à clé, elle évitera des mains inexpérimentées.
- Outils électroportatifs : Ils sont rangés dans leur boîte d’origine avec leur notice et leur accès est sécurisé. On ne laisse jamais un outil électroportatif inutilisé branché sur la prise secteur. Exit la prise multiple avec interrupteur ! C’est le meilleur moyen pour oublier de déconnecter l’appareil et le laisser sous tension.
Plan de travail
- Éclairage et aération : La pièce est suffisamment éclairée et ventilée.
- Stabilité de l’établi : Le plan de travail est dégagé, propre et surtout stable. On préfère un établi fixe ou portatif aux tréteaux qui permet une meilleure préhension des matériaux travaillés et supporte la charge vibratoire des outils. Si on a besoin de tréteaux, on choisit un modèle de qualité avec pieds antidérapants. D’expérience, des tréteaux standards ripent trop facilement et leur système de blocage n’est pas assez résistant. C’est dangereux !
- Ergonomie : On protège son dos en privilégiant la position assise ou debout. Une bonne planification des travaux évite des contorsions inutiles et fatigantes.
- Installation électrique : Elle prévoit suffisamment de prises de courant pour limiter au maximum l’emploi des rallonges, sources de chutes. De préférence, l’atelier dispose de son propre disjoncteur.
- Sol et circulation : Le sol est sec et rien ne traîne. Trébucher avec la scie sauteuse c’est dangereux. Avec la perceuse aussi d’ailleurs.
Élimination des déchets
Recyclage interne : En modélisme ferroviaire, on récupère beaucoup, que ce soit des objets de la vie courante ou des rebuts de nos travaux. Prévoyez une zone de stockage propre et sèche pour conserver vos objets en séparant les produits inflammables des matériaux combustibles (bois, cartons, plastiques).
Tri et déchetterie : Une poubelle spécifique est prévue pour vos déchets techniques et rangée hors de portée des enfants. Profitons-en pour adopter une pratique écoresponsable : on trie ses déchets et on élimine les produits chimiques par des circuits adaptés. La plupart des communes ou agglomérations sont équipées d’une déchetterie.
3. Risque incendie
Le modélisme est une pratique à risque d’incendie élevé. La structure en bois du réseau est par nature une matière inflammable. Ce risque est accentué par un décor constitué de produits synthétiques (flocages, maquettes…) et de produits dérivés du bois (carton).
Par ailleurs, la pièce qui accueille le réseau est souvent un grenier ou une cave avec des matériaux d’isolation à proximité immédiate.
En cave, le réseau est parfois à proximité de gaines techniques ou d’appareillages sources de chaleur qu’il convient d’isoler. En étage, le réseau doit être espaced d’un éventuel conduit de cheminée, plus encore s’il s’agit d’un foyer ouvert.
Les incendies de produits à base de polystyrène ou assimilés (Dépron, carton plume, isolants thermiques…) sont particulièrement redoutables de nocivité en raison du dégagement de vapeurs de cyanure (en plus de l’oxyde de carbone) qui peuvent tuer en quelques minutes. Des inhalations de ce type de vapeur nécessitent une surveillance médicale sur 96 heures en raison des effets retard.
La présence de transformateurs, de moteurs (y compris en très basse tension du réseau modèle !), d’outillages électriques (attention au fer à souder !) et de produits chimiques sont des facteurs de risques (moteur d’aiguille en surchauffe par exemple) qui doivent être anticipés et apprivoisés.
Il est donc prudent d’équiper votre atelier d’un extincteur. Pour un petit réseau dans une chambre d’ado, un 2 kg en poudre ABC suffit. Pour un réseau dans une pièce dédiée (grenier en particulier), équipez-vous d’un 6 kg.
- On ne fume pas dans l’atelier.
4. Éventuellement soigner
Compte tenu des risques, l’atelier doit être doté d’une trousse de premiers soins pour faire face rapidement à une blessure :
- Plaies simples : Des désinfectants (antiseptiques) et des pansements adhésifs de différentes tailles.
- Plaies graves et brûlures : Des compresses stériles et des bandes de maintien.
- Hémorragies importantes : Un pansement compressif d’urgence pour stopper rapidement un saignement abondant.
- Corps étrangers : Une pince à épiler ou pince à échardes.
- Projection oculaire : Des dosettes de sérum physiologique pour le rincage des yeux.
La prévention : une vraie philosophie de vie
Adopter une démarche de prévention à l’atelier ne relève pas de la contrainte, mais d’un véritable état d’esprit. Tout comme au volant d’une voiture ou lors d’une pratique sportive, l’évaluation des dangers et la maîtrise des risques relèvent d’une attitude responsable appliquée au quotidien.
Pour prolonger cette démarche, suivre une initiation aux premiers secours (PSC) constitue un atout précieux, précieux bien au-delà des murs de l’atelier. Des organismes agréés comme la Croix-Rouge française, la Protection Civile ou la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers de France (FNSPF) proposent régulièrement ces formations accessibles à tous.
Enfin, l’adhésion à un club de modélisme est une opportunité enrichissante. Au-delà de la convivialité, du partage d’expérience et de l’apprentissage artistique, c’est un cadre idéal pour assimiler et transmettre les bonnes pratiques de sécurité.
Après ce tour d’horizon généraliste, je reviendrai plus en détail sur le maniement sécurisé de certains outils spécifiques dans un prochain billet.
Emmanuel
- Ministère des Solidarités et de la Santé, Chiffres clés (mis à jour le 11 décembre 2015).
- Site Comportements qui sauvent, rubrique « L’accident de bricolage ».
- Institut national de veille sanitaire (InVS), Enquête 2000, consulté sur le site du Ministère des Solidarités et de la Santé.
- Code de la santé publique, article R 1334-31, disponible sur Légifrance.
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Sacrée liste du bon bricoleur..
j’ ai 2 mains gauches , si tu as une solution pour moi??
Bonsoir Marc,
Tout n’est que question d’apprentissage. Et c’est souvent par crainte de » ne pas savoir faire » que l on ne se lance pas. Exemple avec la patine des wagons : j’ai attendu 51 ans avant de m’y mettre. Dommage ! C’est sans aucun doute perfectible, mais les premiers résultats sont encourageants. Et puis c’est en faisant que l’on apprend.
Sinon il reste une solution : te faire greffer deux mains droites.
Merci de ton intérêt pour ce blog.
Emmanuel