Une façade d’usine pour le fond de décor (Partie 1)


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Épisode 40 –
Après mes réflexions précédentes sur les façades de bâtiments industriels, je me décide à fabriquer une façade qui sera intégrée au fond de décor. L’objectif est de composer un élément de décor réaliste et économique.


Mes essais sur du Carton-plume© de 3 mm m’ont démontré la fragilité de ce support puisqu’il a tendance à se bomber. Je décide donc de travailler sur la base d’un Carton-plume© de 6mm qui devrait conserver une meilleure rigidité. Par ailleurs, étant prévu comme fond de décor, l’épaisseur de cet élément n’est pas rédhibitoire : Elle sera une transition visuelle entre les constructions en bas-relief et les simples photos futures. Toutefois, à l’échelle HO, cela représente un mur d’une épaisseur de 52 cm, ce qui est très épais. Il me faudra donc bien placer mes portes et fenêtres correctement pour diminuer optiquement cette surépaisseur. Cela sera d’autant plus important pour le portail en bois qui nécessitera de retravailler l’épaisseur sur ce point.

Les dimensions des portes et fenêtres sont calculées sur la base d’éléments issus de surplus de mon kit Walters-Cornerstone. Cela m’évitera de fabriquer ces pièces alors que je ne dispose pas d’outils assistés par ordinateur. C’est aussi une des contraintes de cette construction : Tout doit pouvoir être réalisé avec un outillage minimaliste : cutters de différentes tailles, règle, équerre, critérium, pinceaux.. et quelques produits : peintures, terres à décor, profilés,…

Les superdétaillages de tous les bâtiments (appliques lumineuses, boites à lettres, panneaux, fleurissement, bouches incendies,…) seront posés ultérieurement lorsque le nombre de bâtiments justifiera une commande suffisante auprès de nos artisans.

Les dimensions sont : 300 mm de façade répartie en trois parties de 100 mm avec des faîtes de toiture à 1/3 – 2/3.

La base des baies vitrées est à 20 mm du sol,  soit 1,74 m du trottoir, ce qui est cohérent avec des bâtiments de ce type où les larges baies vitrées permettaient un éclairage intérieur naturel de l’usine. La hauteur hors tout est de 120 mm.

Sur la photo 213 ci-dessus, on aperçoit les dimensions générales du bâtiment.

Sur la photo 214 ci-dessus, j’ai imaginé que cette façade pourrait être placée légèrement en biais pour casser la rectitude du fond. Cela va me compliquer un peu la toiture, mais ça vaut sans doute le coup de rompre la rectitude du fond de décor. Sur la droite du futur bâtiment passe la route qui vient du passage à niveau. Sur la gauche, entre les deux usines une clôture en pierre et un bel arbre pourraient apporter une touche de verdure, voire masquer une photo de bâtiment pour donner de la profondeur.

Avant de réaliser les premières découpes extérieures, il faut vérifier les cotes et les équerrages. Je trace des traits fins au crayon. Des traits trop épais peuvent induire en erreur et fausser de quelques millimètres la découpe. J’affute ensuite la lame de cutter puisque je dispose d’un affûteur de qualité –C’est une opération qui nécessite quelques précautions. Nos jeunes amis modélistes nécessitent d’être encadrés par un adulte pour cette tâche à l’occasion de laquelle le risque de blessure n’est pas nul – A défaut on place une lame neuve sur l’outil.

Les découpes extérieures

La découpe de la façade se pratique avec une règle carrée qui permet un meilleur guidage de la lame et en particulier maintient cette dernière en position perpendiculaire dans ce matériau épais de 6 mm. Je démarre toujours des angles et la découpe se fait par passes successives.


Photo 215 : La façade avant découpe. Source : © letraindemanu.fr

La préparation des fenêtres et des portes

Je ne dispose pas du matériel nécessaire à la confection de fenêtres aux fins montants. J’ai donc décidé d’utiliser les portes et fenêtres surnuméraires de mon kit Walters-Cornerstone (Voir l’épisode 31). Elles sont typiquement industrielles. A défaut de ce kit, vous pouvez piocher dans votre boite à rabiots voire trouver des éléments particuliers auprès de plusieurs artisans. Le choix est assez vaste selon les époques ou les régions de votre réseau.

Ces pièces issues de maquettes plastique comportent un petit pourtour qui sert généralement à leur collage par l’arrière de la façade. Il va falloir le supprimer en intégralité puisque les portes et fenêtres devront être insérées dans la façade à mi- épaisseur du Carton-plume©. Il faut être méticuleux et prudent lors de ces opérations. Le premier risque est de se blesser les doigts par ripage du cutter. Le second est d’abimer les montants des pièces. Lorsque le pourtour a été découpé, je termine par un petit coup de papier de verre. Celui-ci est posé sur le plan de travail et je frotte délicatement les pièces bien horizontalement.


Photo 216 : Ponçage des pièces après découpe des pourtours. Source : © letraindemanu.fr

La découpe des orifices

L’opération précédente terminée, je peux tracer les emplacements des futurs orifices. J’utilise les pièces pour délimiter les gabarits. Chaque pièce n’étant pas rigoureusement identique, le gabarit est tracé pour chacune d’elle (fenêtre 1 dans orifice 1, fenêtre 2 dans orifice 2, etc.).

La découpe est réalisée sur les bords internes des  traits de gabarits. Dans le cas contraire, l’orifice sera trop grand de quelques millimètres. Là encore, une règle carrée sert de guide pour la perpendicularité de la lame. Si besoin, faites un essai à blanc sur une chute de Carton-plume©. Les pièces doivent être insérées légèrement en force et se maintenir en place seule. Si elles tombent, c’est que l’orifice est trop grand. Les fenêtres rectangulaires ne posent pas de soucis particulier. Il suffit de travailler en démarrant de chaque angle et par passes successives.

Les pièces arrondies sont un peu plus délicates. Il faut de préférence travailler avec une lame pointue. Même après passage d’un petit coup de papier de verre l’arrondi n’est pas parfait, comme je le craignais. Ce n’est pas très grave, puisque je prévois un maquillage avec des pierres d’ornement faites en carton Canson, dans le même esprit que les rebords du quai de ma halte.

La façade peut être placée sur le réseau pour se faire une idée du volume.


Photos 217 et 218 : La façade brute et ses ouvrants. Source : © letraindemanu.fr

La structure béton

Il faut maintenant peler la recto du Carton-plume©. Comme pour la route ou la cour pavée, le pelage se fait délicatement et précautionneusement. Je retire la couche de carton en protégeant le polystyrène pelé par une planchette de MDF. Il ne faut surtout pas poser les doigts, sinon on laisse des empreintes irrémédiables.

J’utilise des profilés Evergreen référence 146 (1.0 × 3.2 mm). Leur qualité est irréprochable et leur renommée fait qu’on les trouve facilement. Personnellement j’achète ce genre de produit de décor chez TET Décotrain (75009). Je vais débuter par deux lignes horizontales. La première est située juste sous les fenêtres. Il me faut donc trois morceaux : un du bord gauche jusqu’à la porte, le second de la porte au portail, le troisième du portail au bord droit. Le seconde ligne est située en haut, juste à la base de toiture en un seul tenant.

La découpe est réalisée sur une feuille quadrillée afin d’obtenir des angles droits.

Apres découpe des différents morceaux, je les peints à la Humbrol 140 gris mat légèrement diluée. Il ne faut pas oublier les tranches et les extrémités qui seront visibles, d’autant qu’après la pose, toute retouche sera très compliquée vu la faible épaisseur des profilés.

Lorsque tout cela est sec, les profilés sont fixés à la colle vinylique (colle à bois à prise rapide). Attention, toute colle à solvant est a proscrire car elle ferait fondre le polystyrène. La colle s’applique délicatement au coton tige. La pose doit être rigoureuse et bien rectiligne car le profilé sous les fenêtres va servir de support pour l’équerre lors de la gravure. Le séchage se fait sous légère pression (un livre par exemple).


Photo 219 : Peinture des profilés. Source : © letraindemanu.fr

Les soubassements

Toute la partie basse du bâtiment (sous le profilé horizontal du bas) sera en pierres de soubassements de 3 × 5 mm. Je trace donc des traits horizontaux tous les 3 mm en commençant par ledit profilé et en poursuivant vers le trottoir. Raison pour laquelle la pose du profilé doit être rigoureuse.

La gravure se fait au critérium à mine #2 de 0,7. Un peu dans le même esprit que les pavés de la cour précédente. Les traits verticaux sont gravés en s’aidant d’une petite équerre qui prend appui – délicatement – sur le profilé. Seule la zone située sous la porte d’entrée n’est pas gravée pour mettre en valeur le futur pas de porte en ciment.


Photo 220 : La façade avec les premiers profilés collés et son soubassement gravé. Source : © letraindemanu.fr

Essai de gravure des briques

A ce stade,  le volume de la façade est délimité, le soubassement est gravé et les deux profilés horizontaux sont en place. Il est maintenant temps de graver les briques. Autant dire que c’est une étape difficile qui nécessite d’être méticuleux.

En premier lieu, il faut bien préparer son plan de travail. On range tout et on nettoie la surface. Il est préférable d’œuvrer sur un plan foncé pour les contrastes qui permettront de reposer les yeux. Personnellement, je m’installe sur la face lisse d’un panneau de MDF couleur bois issu d’un fond de placard. L’espace doit bénéficier d’un bon éclairage, de préférence une lampe de bureau avec un tube a lumière blanche neutre (4000 k). En effet, pour ce minutieux travail de gravure, il faut éviter les ombres portées : ombres des mains et de l’équerre. Il faudra d’ailleurs ajuster la zone d’éclairage au fur et à mesure de l’avancement des travaux.

Cette étape est peut-être la bonne occasion d’acquérir une large loupe de bureau sur pied. Et si vous optez pour cet investissement durable qui vous sera utile pour d’autres travaux futurs, préférez un modèle équipé d’une troisième main, voire d’un éclairage intégré. Les modèles sont nombreux et les prix variés.

Il semble judicieux de bloquer la pièce de façade entre des petites cales confectionnées dans des chutes de Carton-plume© collées à la colle blanche sur le plan de travail. La façade doit être absolument immobile. Cela évitera de l’abimer pour la maintenir par pression.

L’assise de l’opérateur doit également être confortable. Il faut protéger son dos lors de cette étape assez longue.

Les briques à graver sont plus petites que les pierres de soubassement de ce bâtiment ou les pavés de la cour. De fait, je ne peux pas utiliser le critérium habituel : Les gravures seraient trop épaisses. Je vais donc me servir d’une pointe métallique, celle qui me sert habituellement à réaliser mes avant-trous lors de vissages. Vérifiez bien son intégrité. Si la pointe est abîmée, conservez la pour vos travaux de menuiserie, mais achetez en une neuve pour les gravures. Sinon vous allez déchirer le Carton-plume© et vous serez bon… pour tout recommencer à zéro.

La pointe, par définition, est progressive : plus vous appuyez, plus le trou est gros. Il faut donc avoir la main très légère. Vous devez tracer de fins sillons, pas des tranchées. La hauteur d’une brique est de 2 mm, et sa largeur de 4 mm.

Je conseille vivement de faire des tests préalables sur une chute de matériau de 10 × 10 cm avec des gravures en lignes horizontales tous les 2mm. Apprenez surtout à maitriser la pression de la main.


Photo 221 : Essai de gravure sur une chute de Carton-plume©. Source : © letraindemanu.fr

Quand le résultat des tests est satisfaisant, je peux débuter la gravure sur la façade. Je n’aurais plus le droit à l’erreur.

Après ces essais, je grave les briques. C’est un travail un peu fastidieux qui tue les yeux. Il est nécessaire d’être confortablement installé avec une bonne lumière. Il faut également savoir faire des pauses régulièrement.

La gravure

La pièce est immobilisée par de petites cales extraites de chutes et vissées au plan de travail. Je trace d’abord les lignes horizontales : une ligne tous les 2 mm. Je grave avec une pointe métallique. Il faut avoir la main légère pour que la gravure ne soit pas disproportionnée par rapport aux briques. C’est rock n’roll, mais avec de la minutie, on y arrive. On vérifie à chaque ligne son horizontalité.

Lorsque les gravures horizontales sont tracées, j’attaque les gravures verticales. Pour cela, je m’aide d’une équerre calée délicatement sur le profilé du bas. Je trace un trait tous les 2 mm, une ligne sur deux. Je travaille du toit vers le trottoir. Je progresse de 2 mm en gravant les lignes intermédiaires et ainsi de suite. C’est la partie la plus compliquée car il ne faut pas qu’une gravure déborde sous la ligne du dessous.

Après plusieurs heures de travail, j’obtiens un mur, certes pas parfait, mais malgré tout agréable à l’œil. Pour une première, ce n’est pas la catastrophe que je craignais.

Photos 222 et 223 : gravure de la façade Carton-plume©. Source : © letraindemanu.fr

Je termine cette phase avec un léger coup de papier de verre, très fin. Cela évacue les micros débris et adoucit les angles. Là encore, il faut avoir la main légère. La surface est enfin nettoyée avec un pinceau à maquillage dédié.

La peinture

Je n’ai pas le droit à l’erreur. Toute erreur peut sérieusement enlaidir définitivement la maquette. Donc, je ne me lance qu’après plusieurs essais sur des chutes de Carton-plume© gravées afin d’appréhender la méthode.

J’écarte immédiatement la peinture Humbrol sur ce matériaux fragile et lui préfère les terres à décor travaillées à l’alcool à 70°.

Dans un petit ramequin de cuisine, blanc de préférence contrairement à moi, je mélange 5cc d’alcool à 70° avec une petite dose de terre à décor prise sur le bout de la lame de mon cutter. La terre à décor étant un pigment, le dosage doit être parcimonieux. Je mélange bien avec mon pinceau n°2. On obtient donc un liquide coloré qui doit être parfaitement homogène. Il faudra mélanger systématiquement à chaque rechargement du pinceau, sinon les pigments retombent (Photo 224 ci-dessous). A défaut, la teinte du liquide va se densifier progressivement.


Photo 224 : peinture sur Carton-plume©. Source : © letraindemanu.fr

Je travaille par le principe de la capillarité : la peinture n’est pas étalée au pinceau. Entrainez-vous d’abord sur une chute de Carton-plume© gravée. Avec le pinceau, je pose délicatement une goutte de mon liquide. Un appui trop prononcé fera une tâche disgracieuse. La peinture s’étale seule par gravité, s’écoule par les sillons gravés et le polystyrène s’imbibe. On débute toujours par une teinte claire, quitte à foncer avec une seconde couche. Enfin, il faut bien attendre un séchage complet avant d’attaquer la couche suivante. En séchant la teinte varie considérablement comme on le voit sur les photos suivantes.

Je commence donc par les pierres de soubassement. Je leur choisis une teinte « Mexico clair ». Pour cette première couche je procède façade à plat sur le plan de travail. La surface à peindre se situe exactement sous le profilé horizontal du bas qu’il faut veiller à ne pas tâcher. Mais la fluidité permet d’éponger rapidement avec du papier absorbant en cas d’accident. Il ne faut pas oublier de traiter les tranches du carton-plume©.  Après avoir testé le mélange sur une chute, je me lance (Photo 225 ci-dessous)

Photo 225 : peinture sur Carton-plume©. Source : © letraindemanu.fr

La couleur va s’éclaircir pendant le séchage.

Je vais maintenant opérer sur les briques situées entre les deux profilés horizontaux. Ramequin et pinceau sont nettoyés à l’eau chaude avec un peu de liquide vaisselle et rincés.

Rien de mieux qu’une terre à décor « Rouge brique » pour cette surface. Le mélange se fait d’une façon identique qu’à l’étape précédente. On peut multiplier par deux les quantités, la surface à traiter étant plus grande.


Photo 226 : peinture sur Carton-plume©. Source : © letraindemanu.fr

Là encore, la teinte va s’éclaircir. Sur la photo 225 ci-dessus, on note déjà l’éclaircissement du soubassement. Sur les photos 227 et 228 ci-dessous, la maquette mise en situation permet de s’approprier les volumes.


Photos 227 et 228 : peinture sur Carton-plume©. Source : © letraindemanu.fr

Les portes et fenêtres, vertes d’origine, sont peintes en « marron kakao » à la bombe pour ne pas trop ressembler à celles de l’usine voisine dont elles sont issues.

La photo 229 ci-dessus présente la façade dotée de ses portes, fenêtres et montants verticaux. Rien est encore collé.

A suivre…

Emmanuel


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