Rosny-Rail : Immersion vidéo dans ce musée unique en Île-de-France

Photographie de la façade du musée ferroviaire Rosny-Rail sous la gare de Rosny-sous-Bois, surmontée du titre « Rosny-Rail, le petit musée ferroviaire qui a tout d'un grand » et du badge « Reportage Vidéo ». L'entrée est entourée d'équipements ferroviaires d'époque : signaux mécaniques, panneaux de signalisation, cibles et un pantographe.
Tourisme ferroviaire ÉPISODE 512
Par Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret
Modéliste ferroviaire depuis 1975 (Île-de-France, France)
Publié initialement le
Mis à jour le :
ntrée du musée Rosny-Rail sous la gare de Rosny-sous-Bois avec divers équipements de signalisation ferroviaire exposés sur le parvis.


Niché au rez-de-quai de la gare de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le musée Rosny-Rail conserve, depuis près de trente ans, la mémoire du chemin de fer français grâce à une poignée de bénévoles passionnés. Rencontre avec Yves Blancart, vice-président de l’association, et Loris Méranesio Rabaux, son président, à l’occasion d’une visite guidée que cet article accompagne d’un reportage photographique et d’un webdocumentaire vidéo de treize minutes.

Sur le quai de la gare de Rosny-sous-Bois, entre deux passages de trains du RER E, une porte discrète ouvre sur un autre temps. Derrière elle : d’anciens locaux de messagerie reconvertis, une huitaine de salles thématiques, du matériel roulant patiemment restauré et, surtout, des bénévoles intarissables sur l’histoire du rail. Bienvenue à Rosny-Rail, l’un des musées ferroviaires associatifs les plus actifs de la région parisienne.


Le reportage vidéo (4k)


Une aventure née de la passion de cheminots

L’histoire de Rosny-Rail commence modestement, en 1995. Quelques cheminots collectionneurs, soucieux de sauver de la destruction des pièces de patrimoine ferroviaire, décident de mettre en commun leurs trouvailles. « Ce sont des cheminots, des passionnés, qui avaient quelques pièces de collection », résume Yves Blancart, vice-président de l’association. Plutôt que de laisser ces objets dormir dans des garages ou finir à la benne, le groupe choisit d’investir les anciens locaux de la messagerie de la gare de Rosny-sous-Bois pour les exposer au public.

Hall d'entrée du musée Rosny-Rail présentant l'ancienne messagerie avec valises d'époque, diables de manutention, affiches ferroviaires et plaque Bagages.
Aménagé dans les anciens locaux de la messagerie de la gare, le hall d’entrée replonge immédiatement le visiteur dans l’ambiance des gares d’antan.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Le projet se concrétise deux ans plus tard : le musée est officiellement inauguré en 1997 par Michel Giraud, président de la région Ile-de-France, Claude Pernes, maire de Rosny-sous-Bois, et Louis Gallois, président de la SNCF.

Cette même année, l’association ROSNY RAIL voit le jour, portée par quatre membres fondateurs dont le poids institutionnel dit beaucoup de la légitimité du projet : la SNCF, via sa direction régionale de Paris-Est et la direction du Transilien, la Ville de Rosny-sous-Bois, le Musée français du chemin de fer de Mulhouse — devenu depuis la Cité du Train — et le Club ferroviaire de Noisy-le-Sec. Le conseil régional d’Île-de-France, alors présidé par Michel Giraud, aurait quant à lui procédé au traditionnel coupé de ruban lors de l’inauguration, sans pour autant intégrer le cercle des membres fondateurs.

Maquette d'exception à l'échelle 1/16e de la locomotive à vapeur 241 P 30 et son tender 34 P 272, réalisée par Robert Bécanier et exposée à Rosny-Rail.
Chef-d’œuvre de précision, cette 241 P 30 à vapeur vive à l’échelle 1/16e a exigé 5 000 heures de travail à son concepteur, Robert Bécanier. Un prêt remarquable de la famille Bécanier.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Trois décennies plus tard, l’échéance approche : Rosny-Rail fêtera ses trente ans à l’automne 2027. La date n’a pas été choisie au hasard. Elle coïncidera avec un anniversaire autrement plus vertigineux, celui des deux cents ans du chemin de fer français : c’est en effet en 1827, entre Saint-Étienne et Andrézieux, qu’a circulé la toute première ligne ferroviaire hexagonale. Un double anniversaire que l’équipe de Rosny-Rail entend célébrer avec des événements dédiés.

Le parrainage fondateur de la Cité du Train

Ce compagnonnage avec la Cité du Train, inscrit dans les statuts mêmes de l’association, ne relève pas du symbole. À ses débuts, le musée mulhousien a activement soutenu la jeune structure francilienne, notamment en lui prêtant du matériel pour étoffer ses collections naissantes. « À l’origine, oui, la Cité du train nous a aidés pour démarrer », confirme Yves, qui évoque une relation ayant évolué avec le temps vers davantage d’autonomie : « Je ne dirais pas qu’on a pris notre indépendance. Disons que la Cité du train nous a laissés voler de nos propres ailes. »

Maquette d'écorché d'un wagon réfrigérant STEF type TP réalisée par le maître artisan maquettiste A. Houy et exposée à Rosny-Rail.
Réalisée par le maître-artisan A. Houy, cette maquette pédagogique écorchée dévoile la structure d’un wagon réfrigérant STEF type TP à panneaux isolants américains, conçu pour le transport de carcasses de viande.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

La SNCF demeure, elle, un partenaire de tous les instants. L’entreprise ferroviaire prête gracieusement les locaux via sa filiale Gares & Connexions, mais fournit également du matériel roulant et des pièces de collection. Un réseau informel de cheminots sensibles à la cause du musée joue aussi un rôle discret mais précieux : lorsque du matériel promis à la benne traîne dans un dépôt, certains prennent l’initiative de le mettre de côté avant de l’apporter à Rosny-sous-Bois. Le club de modélisme ferroviaire de Noisy-le-Sec, quatrième pilier fondateur, a quant à lui conçu et installé le réseau miniature de démonstration qui fait aujourd’hui l’une des attractions du musée.

Modèle réduit HO de la locomotive diesel CC 65505 en livrée bleue Drouard Frères remorquant une voiture cantonnement, train de travaux, sur le réseau Ho de Rosny-Rail.
La locomotive CC 65505 en livrée bleue de l’entreprise de travaux ferroviaires Drouard Frères tracte un train de travaux en circulation sur le réseau miniature HO de Rosny-Rail.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Un parcours chronologique, de la gare à la grande vitesse

La visite, commentée par Loris Méranesio Rabaux — président de l’association depuis un an et demi, mais membre depuis près de dix-huit ans —, obéit à une progression pédagogique rigoureuse. Elle débute logiquement par la gare elle-même, puis par l’ancienne bagagerie qui abrite aujourd’hui le musée, avant d’expliquer les fondamentaux de l’infrastructure : le rail, la traverse et surtout le ballast, dont la fonction est de répartir sur la voie les charges considérables générées par le passage des trains.

Le parcours enchaîne ensuite sur l’évolution des modes de traction, chapitre où le musée aime bousculer les idées reçues. Contrairement à une croyance répandue, la traction électrique a précédé la traction diesel en exploitation commerciale, dès les années 1930, tandis que le diesel ne se généralisera sur les grandes lignes qu’après-guerre — après avoir d’abord fait ses preuves comme engin de manœuvre dans les dépôts. Le musée rappelle au passage que certains pays voisins avaient une avance notable sur la France en la matière : dès 1917, les convois circulant depuis l’Italie étaient déjà électrifiés, quand le réseau français fonctionnait encore très largement à la vapeur.

Espace dédié à la traction électrique dans la salle de la CC 68500 au musée Rosny-Rail avec maquettes, caténaire, isolateurs et l'affiche du baptême de la BB 15039.
Section consacrée à la traction électrique : modèles réduits, pièces de caténaire et l’affiche officielle tricolore du baptême de la BB 15039 aux armes de Rosny-sous-Bois le 5 octobre 1985.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

L’après-guerre marque un tournant. La reconstruction industrielle s’accompagne d’une intensification massive de l’électrification, d’abord dans le nord et l’est du pays, puis à l’ouest. C’est dans ce contexte qu’apparaissent les premières locomotives diesel de ligne — les 060 DB de la SNCF — ancêtres des futures CC 65000, BB 67000 et A1A-A1A 68000, dont les héritières circulent aujourd’hui encore sur certaines lignes régionales.

La salle TGV et le souvenir des records du monde sur rail

Le parcours s’achève par une salle résolument moderne consacrée au TGV et à ses records de vitesse. Le musée y présente du matériel contemporain — certains éléments circulant d’ailleurs toujours, quoique plus en région parisienne que dans d’autres régions françaises — et retrace en détail les grandes étapes technologiques du train à grande vitesse. Une place particulière est réservée à l’exploit du 3 avril 2007 : ce jour-là, la rame expérimentale V150, composée de motrices POS et de voitures Duplex équipées de bogies de nouvelle génération, avait établi sur la ligne à grande vitesse Est européenne un record du monde de vitesse sur rail resté inégalé depuis, à 574,8 km/h.

Maquette de la motrice TGV Atlantique 325 commémorant le record du monde de vitesse à 515,3 km/h du 18 mai 1990, exposée sous vitrine à Rosny-Rail.
Maquette de la motrice TGV Atlantique 325 et objets commémoratifs rappelant le record mondial de vitesse ferroviaire établi à 515,3 km/h le 18 mai 1990.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

La signalisation, colonne vertébrale de la sécurité ferroviaire

Impossible d’évoquer l’histoire du chemin de fer sans s’attarder sur la signalisation, sujet auquel le musée consacre une attention particulière tant sa technicité impressionne les visiteurs. Loris Méranesio Rabaux rappelle qu’en France, la formation à cette seule facette du métier s’étale sur une année complète, partagée à parts égales entre théorie et pratique. Le musée a ainsi reconstitué un poste d’aiguillage à leviers grandeur nature, où les visiteurs peuvent manipuler eux-mêmes les manettes de commande, ainsi qu’un poste avec une table d’enclenchement de type Saxby (du nom de de l’ingénieur anglais John Saxby) illustrant les évolutions successives de ces technologies jusqu’à l’arrivée du poste tout relais à transit souple, plus connu sous son sigle PRS.

Cette insistance sur la sécurité n’a rien d’anecdotique : elle constitue, rappelle l’équipe du musée, le véritable fil rouge du développement ferroviaire français. Dès la naissance du rail, les compagnies ont eu à se soucier de la sécurité des voyageurs, des personnels et marchandises. D’abord manuellement, puis mécaniquement. La naissance de la SNCF en 1938 a permit d’uniformiser les signaux et les protocoles. Dès les années 1970, la SNCF expérimentait déjà des formes d’automatisation permettant aux trains de tracer eux-mêmes leur itinéraire, en particulier en banlieue parisienne — préfigurant les systèmes d’exploitation automatisés généralisés aujourd’hui sur certaines lignes.

Avec la grande vitesse et donc l’impossibilité pour l’œil humain de voir les signaux, la signalisation verticale le long des voies disparait peu à peu pour laisser place à des instruments directement placés dans les cabines de rames TGV sous le contrôle d’ordinateurs surpuissants.

Reconstitution complète d'un poste d'aiguillage mécanique type Saxby à leviers de manœuvre au musée Rosny-Rail.
Une des pièces maîtresses du musée : un poste d’aiguillage mécanique fonctionnel à leviers Saxby, entièrement reconstitué pour des démonstrations de tracé d’itinéraires.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

La régulation du trafic nécessitait un personnel pointilleux pour établir les graphiques des circulations particulièrement complexes. La photo ci-dessous, très simplifiée pour le grand public, montre le principe de ces schémas avec une dizaine de convois : les horaires en abscisse, les gares en ordonnée. On imagine aisément la complexité avec une centaine de trains dans les grands établissements.

Si la société nationale a informatisé ses régulations, la plupart des trains touristiques, avec un nombre moindre de circulations journalières, travaille encore avec ces graphiques historiques (Chemin de fer de Vendée, Chemin de fer des Chanteraines et Chemin de fer de la Baie de Somme par exemple).

Mannequin en uniforme de cheminot devant un graphique schématique de régulation des circulations ferroviaires au musée Rosny-Rail.
Le principe de la régulation du trafic : un graphique espace-temps montrant le croisement des trains (horaires en abscisse, gares de Paris, Chartres et Le Mans en ordonnée) surveillé par un régulateur.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Une collection foisonnante, à l’inventaire impossible

Interrogée sur le nombre exact de pièces conservées, l’équipe de Rosny-Rail avoue son incapacité à répondre précisément. Si un inventaire existe bel et bien, la variété et le volume des objets rendent tout chiffrage hasardeux : de la simple ampoule de poste d’aiguillage aux leviers d’arrêt de dépôt, en passant par une tête complète de locomotive BB 68500, la collection couvre l’ensemble des métiers du rail. S’y ajoutent des tickets de transport de plusieurs compagnies historiques — l’Est en particulier —, ainsi que des casquettes et képis de différentes époques.

Une salle est dédiée à des maquettes remarquables, prêtées par un collectionneur passionné (du Rail Club du Pays de Meaux), représentant des scènes historiques et parfois littéraires liées à l’univers ferroviaire. On y trouve également des peintures et une belle collection de matériel Ho évoquant les principales machines ayant circulé sur le réseau ferré national.

Diorama en carton du pont de Trilport en 1914 réalisé par le Rail Club du Pays de Meaux et exposé à Rosny-Rail.
Impressionnant diorama historique du pont de Trilport en 1914, réalisé quasi intégralement en carton (train compris) par le Rail Club du Pays de Meaux.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Une bonne partie du fonds provient de dons, qu’ils émanent de la SNCF — qui cède régulièrement du matériel devenu obsolète — ou de particuliers. Ces derniers réservent parfois de belles surprises à l’équipe bénévole. Loris se souvient ainsi du blason d’une locomotive baptisée du nom de Villemomble, ville limitrophe de Rosny-sous-Bois, récupéré in extremis auprès d’un voisin qui s’apprêtait à le jeter, ignorant tout de sa valeur patrimoniale. Une anecdote révélatrice d’un phénomène plus large : nombre de locomotives ont, à une époque, été « marrainées » par des communes de la région parisienne — Rosny-sous-Bois, Villemomble, Bondy notamment —, une tradition dont le musée s’attache à conserver la mémoire à travers sa collection de blasons. Faute d’avoir jamais retrouvé l’écusson original de Rosny-sous-Bois, l’association en a d’ailleurs fait réaliser une reproduction à l’échelle exacte. Non loin de là, l’ancien dépôt de Noisy-le-Sec a lui aussi laissé une empreinte durable : plusieurs locomotives de la série des 72100 en portaient le nom.

La cabine de la 68500, pièce maîtresse du musée

Cabine de conduite reconstituée et interactive de la locomotive diesel-électrique SNCF 68530 exposée au musée Rosny-Rail.
Pièce maîtresse de l’exposition : la cabine reconstituée de la locomotive diesel-électrique 68530, où les visiteurs peuvent s’installer aux commandes pour une expérience immersive.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Au fil de la visite, une pièce concentre à elle seule l’admiration des visiteurs : la reconstitution d’une cabine de conduite de locomotive diesel BB 68500. La face avant et le pupitre de commande sont authentiques — ils proviennent d’une véritable unité, découpée au chalumeau et récupérée par le musée entre 2011 et 2012 —, le reste de la cabine ayant été reconstitué autour de ces éléments d’origine. Considérée comme la pièce maîtresse du musée, cette cabine offre aux visiteurs une immersion saisissante dans l’univers de la conduite diesel des grandes lignes.

Trois témoins matériels sur la voie extérieure

À l’extérieur du bâtiment, trois véhicules complètent la collection et illustrent, chacun à leur manière, une facette différente de l’histoire ferroviaire.

Le premier est un locotracteur électrique, provenant des entrepôts SNCF de Gennevilliers. Alimenté par batteries, il restait branché en permanence sur sa prise de recharge et servait exclusivement à déplacer des wagons au sein des entrepôts — il n’a donc jamais circulé sur le réseau ferré national. Sa motorisation électrique constituait, pour l’époque, une réelle innovation dans un contexte encore largement dominé par le diesel, et présentait l’avantage non négligeable de ne générer aucune pollution locale. Aujourd’hui, ses batteries hors d’usage et son châssis dégradé ne permettent plus de le faire circuler : seule sa carrosserie extérieure continue d’être entretenue.

Locotracteur vert à batteries avec sa cabine centrale stationné sur le quai d'exposition de Rosny-Rail.
Ancien locotracteur de manœuvre à batteries électriques en livrée verte, préservé sur les voies d’exposition du musée.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Le second véhicule est une draisine automotrice hybride, née d’un assemblage original entre une cabine de type DU65 et un châssis de DU50. Ce prototype, fabriqué à Noisy-le-Sec, souffrait d’un défaut de conception qui a scellé son destin patrimonial : sa cabine, particulièrement spacieuse et donc idéale pour transporter du personnel, laissait sur la plateforme opposée un espace trop restreint pour y installer un bras élévateur hydraulique. Vouée soit à la casse, soit à une seconde vie muséale, elle a rejoint les collections de Rosny-Rail, où elle sert habituellement à promener les visiteurs sur la courte voie du musée — lorsqu’une fuite d’échappement n’envahit pas sa cabine, comme c’était le cas lors de notre visite.

Draisine de d'inspection des voies et de travaux rouge et crème garée le long du quai d'exposition à Rosny-Rail.
Draisine de contrôle et d’entretien des voies en livrée rouge et crème garée le long du quai d’exposition de la gare.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Le troisième véhicule, une draisine à bras actionnée par la seule force musculaire, possède le parcours le plus singulier des trois. Elle a notamment voyagé jusqu’en Suisse à l’occasion de concours, aux tout débuts du musée. Mais son fait d’armes le plus notable remonte au tournage du film Un homme et son chien, réalisé par Francis Huster en 2008 avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle principal. Sollicitée pour une séquence ferroviaire sur la petite ceinture, du côté de des Buttes Chaumont, l’équipe de Rosny-Rail avait alors assuré le transport du matériel de tournage — et celui de l’acteur lui-même, déjà affaibli à l’époque. Ce fût le dernier film de l’acteur disparu en septembre 2021.

Draisine à bras en bois et métal préservée en extérieur sur un coupon de voie au musée Rosny-Rail.
Ancienne draisine à bras pour l’inspection des voies, actionnée manuellement par un système de balancier.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Ce trio est complété par un brancard datant vraisemblablement de la Première Guerre mondiale, utilisé pour évacuer les blessés avant de connaître une seconde carrière au service des pèlerins de Lourdes. Récupéré et restauré par l’association, il est aujourd’hui exposé dans un état de conservation remarquable. Il rappelle que les trains sanitaires existaient bien depuis longtemps par le passé et que, non, le train sanitaire n’est pas une innovation de 2020…

Brancard d'évacuation sanitaire roulant de la Première Guerre mondiale exposé en extérieur sur le quai du musée Rosny-Rail.
Un émouvant témoignage du rôle sanitaire des chemins de fer : brancard roulant d’évacuation des blessés de la Première Guerre mondiale, puis utilisé pour les trains de pèlerins à Lourdes, présenté aux côtés des matériels roulants du musée.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Un réseau miniature piloté depuis une véritable cabine

Autre singularité de Rosny-Rail : son réseau miniature à l’échelle HO, conçu et installé par le club de modélisme de Noisy-le-Sec pour servir de support pédagogique aux démonstrations. Construit en boucle double voie avec deux boucles inversées, ce réseau est alimenté par quatre sources d’énergie distinctes et se pilote depuis deux postes de conduite bien différents.

Le premier, une petite cabine simplifiée, permet aux plus jeunes visiteurs de s’initier ludiquement à la conduite — accélération, freinage — dans une ambiance résolument familiale qui rencontre un franc succès. Le second est autrement plus spectaculaire : il s’agit de la reconstitution d’une véritable cabine de conduite de rame de banlieue Est parisienne, héritière des matériels qui circulaient sur la ligne de Rosny-sous-Bois avant l’arrivée du RER E. Depuis ce poste de la voiture pilote (véhicule en queue de rame réversible), les visiteurs peuvent effectivement conduire une rame inox miniature Ho équipée d’une caméra embarquée dans sa voiture pilote, dont les images sont retransmises en direct sur un écran — plaçant littéralement le conducteur d’un jour à la place du mécanicien. Manipulateur de traction, freinage, inverseur de marche : l’ensemble des commandes reproduit fidèlement celles d’un poste réel.

Fidèle à l’esprit patrimonial du lieu, l’association a fait le choix de conserver le caractère analogique de ces deux cabines historiques plutôt que de les convertir intégralement au pilotage numérique — une opération jugée réalisable, mais complexe, et pour l’instant non engagée. Une centrale numérique a néanmoins été installée pour permettre les manœuvres sur l’ensemble du réseau, à l’exception de la boucle indépendante réservée à la cabine des enfants, qui demeure entièrement analogique. Le réseau reste par ailleurs un chantier permanent : longtemps piloté manuellement, avec des aiguilles actionnées à la main, il a depuis été motorisé, sans toutefois avoir été entièrement raccordé — un travail que l’équipe poursuit aujourd’hui.

Modèle réduit HO de la voiture Bar B6r du COPEF en livrée verte et jaune sur le réseau miniature de Rosny-Rail.
La voiture Bar B6r du COPEF (ex-Capitole de 1970), reproduite à l’échelle HO par Roco, en présentation sur le réseau miniature de Rosny-Rail.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Même si le COPEF n’est pas un partenaire officiel du musée, la présence de la reproduction à l’échelle HO par Roco de la célèbre voiture bar souligne l’attachement de ses membres à cette association spécialisée dans la préservation du patrimoine et organisateur de circulations historiques.

Une association vivante, portée par une poignée de fidèles

Derrière ce foisonnement de collections et d’installations se cache une réalité associative modeste, à l’image de nombreuses structures patrimoniales : Rosny-Rail compte une trentaine de membres, dont une dizaine seulement se montrent véritablement actifs au quotidien. « Comme toutes les associations », résume sobrement Loris Méranesio Rabaux, qui distingue ceux qui œuvrent concrètement à l’entretien du musée de ceux qui, sans être sur le terrain, en soutiennent l’action.

Maquette d'une locomotive à vapeur historique de système Crampton exposée sur un coupon de voie au musée Rosny-Rail.
Modèle réduit d’une locomotive à vapeur de type Crampton, symbole de la grande vitesse ferroviaire du XIXe siècle avec ses roues motrices géantes placées à l’arrière.
Crédit : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret / letraindemanu.fr

Le musée accueille en semaine des groupes constitués — scolaires, retraités, ou encore agents SNCF venus sur réservation —, à qui sont proposées des démonstrations thématiques et des manipulations adaptées. Les Journées européennes du patrimoine et la Nuit européenne des musées constituent quant à elles des rendez-vous à part : ouvert les deux jours du week-end, le musée voit parfois certains clubs partenaires apporter leur propre matériel pour l’occasion, prolongeant ainsi l’esprit de mutualisation qui a présidé à sa création.

Rendez-vous en 2027

À l’heure où l’équipe de Rosny-Rail prépare déjà les festivités de son trentième anniversaire, le musée conserve intact l’esprit qui a présidé à sa naissance : celui d’une poignée de passionnés refusant de voir disparaître la mémoire matérielle du chemin de fer francilien. Entre la rigueur pédagogique du parcours permanent, l’authenticité touchante des pièces sauvées de la destruction et l’accueil chaleureux d’une équipe intarissable, Rosny-Rail illustre, à son échelle, la vitalité du tissu associatif ferroviaire français — un tissu dont l’automne 2027 promet de célébrer, tout à la fois, les trente ans du musée et les deux cents ans du rail hexagonal.

Claude Lecoq (1953-2025)

In Memoriam — À la mémoire de Claude Lecoq (1953 – 2025)

Ce reportage est dédié à Claude Lecoq, figure incontournable du monde associatif ferroviaire local, disparu le 8 février 2025 à l’âge de 71 ans.

Président du Club Ferroviaire de Noisy-le-Sec (où il succéda à Yves Marly) et membre bénévole historique de Rosny-Rail, Claude incarnait la passion du rail avec générosité et simplicité. On le retrouve d’ailleurs dans la vidéo de notre reportage, manœuvrant la draisine à bras sous les couleurs de Rosny-Rail lors des 30 ans du Chemin de Fer de la Vallée de l’Eure à Pacy-sur-Eure.

L’équipe du Train de Manu adresse ses plus sincères pensées à sa famille, à ses proches et à tous les bénévoles des associations qu’il a servies avec tant de passion et de dévouement.

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  • Visiter le musée : Rendez-vous sous la gare de Rosny-sous-Bois (retrouvez toutes les infos et créneaux d’ouverture sur le site officiel de Rosny-Rail).
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