Exceptionnel patrimoine au Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey


Épisode 331 – Sur près de 1000 m², le Musée du cheminot vous invite à découvrir l’histoire du chemin de fer et les métiers du monde ferroviaire à travers une collection exceptionnelle. Une étape incontournable qui ravira autant le grand public que les ferroviphiles avertis.


La commune rurale d’Ambérieu-en-Bugey (Ain), village de 2472 âmes, ancestralement de tradition agricole, a vécu une importante transition avec l’arrivée du chemin de fer en 1856. Cette année, la Compagnie du PLM (Paris à Lyon et la Méditerranée) s’implante sur ce territoire stratégique idéalement situé entre Lyon et Bourg-en-Bresse, ainsi que la Suisse et l’Italie via Culoz. A son apogée en 1930, le PLM embauche 2150 cheminots. Avec les familles de ces personnels, la démographie locale progresse alors à 6794 habitants.


Photo 2723 : La salle de la signalisation, musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Une poignée de bénévoles passionnés

Cette épopée ferroviaire méritait d’être retracée et transmise aux générations suivantes. C’est ainsi qu’est né, en octobre 1987, le Musée du cheminot grâce à un groupe de passionnés, tous professionnels du ferroviaire. Rapidement, face à l’exiguïté des locaux, et avec le soutien de l’édile, l’association déménage dans le local actuel, bien plus vaste.

35 ans plus tard, le musée dispose d’un patrimoine exceptionnel de plusieurs milliers de pièces réparties sur trois niveaux.


Photo 2724 : La façade du musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Rez-de-chaussée : la salle de la technique

Le musée est agencé par thématiques : il met en valeur les techniques, la vie sociale et l’histoire.

Dès l’entrée, vous êtes plongé dans l’ambiance ferroviaire avec un guichet de vente de billets. Cette reconstitution n’est que factice puisque la vraie billetterie se trouve dans la grande salle du rez-de-chaussée. Une immense pièce dédiée aux aspects techniques du monde ferroviaire.


Photo 2725 : La billetterie (factice) du musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Dans cet espace, de nombreuses reproductions de cabines de conduite permettent au visiteur de mieux comprendre le fonctionnement des engins de traction, des locomotives à vapeur aux motrices les plus récentes. Les reconstitutions des machines à vapeurs en particulier ont été réalisées avec le concours des jeunes générations grâce au lycée d’enseignement professionnel d’Ambérieu. Le résultat est d’une époustouflante réalité comme en témoignent les images puisque toutes les pièces sont d’origine à l’exception des tuyauteries reproduites à l’identique. Le chauffeur et le conducteur formaient une équipe presque indissociable de leur locomotive au point qu’ils passaient plus de temps ensemble qu’avec leur épouse respective. Autant dire que les conditions de travail étaient rudes et les horaires pénibles.




Photos 2726 à 2728 : Reproductions de cabines de locomotives. 141C à cabine ouverte, 141R à cabine fermée et BB25200. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Les métiers du chemin de fer

L’aspect technique permet aussi de découvrir les innombrables métiers du chemin de fer, pour beaucoup aujourd’hui disparus tel le lampiste qui devait recharger et préparer les disques, feux et lanternes des trains d’antan, avant l’arrivée de l’électricité. La collection présente des lampes de la création du PLM aux feux les plus récents de la SNCF.


Photos 2729 : La lampisterie. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

On trouve par ailleurs des objets moins connus comme cette bouilloire destinée aux clients de la 1ère classe. Ancêtres du chauffage, ces bouilloires furent d’abord chargées au charbon avant d’être remplies d’eau bouillante. On imagine le travail nécessaire pour préparer ces objets de confort pour chaque compartiment.


Photo 2730 : Au premier plan, une bouilloire pour compartiment de 1ère classe, sur l’étagère, à gauche, une bouilloire à charbon, à droite une bouilloire à eau chaude. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Qui dit mécanique, implique ateliers. La SNCF disposait de nombreux corps de métiers pour entretenir et réparer ses matériels et infrastructures. Elle disposait même de ses écoles d’apprentis.




Photos 2731 à 2733 : L’atelier et la salle des apprentis. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

L’arrivée de l’électricité

L’électrification des lignes de chemin de fer a profondément changé le métier du machiniste. Désormais seul dans sa cabine, le métier était également moins usant.

En France, le premier système électrique  fut imposé par l’autorité militaire avec du 1500 V continu. Le PLM fut ainsi équipé de ce système. En Maurienne, la caténaire fut remplacée par le 3ème rail, sur le principe du métro parisien ou du Train jaune dans les Pyrénées.


Photo 2734 : Electrification du réseau Sud-Est par troisième rail en 1500 v continu, entre Chambéry et Modane. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Mais ce courant, qui nécessitait résistances et contacteurs pour placer les moteurs en parallèle ou en série nécessitait une attention de tous les instants pour les machinistes.

Le 25 000 V alternatif est ensuite venu remplacer le 1500 v continu. Plus facile d’utilisation surtout depuis que les machines sont gérées par des semi-conducteurs.


Photo 2735 : Patrick Bernard, notre guide, nous explique les particularités et le fonctionnement des pantographes. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

La signalisation

Faire circuler autant de trains nécessite une signalisation complexe. Avant la prédominance de l’informatique, les signaux et itinéraires étaient gérés par des systèmes mécaniques puis électromécaniques. Le musée dispose de très belles pièces de ces anciens postes, dont une partie du poste de Lyon-Guillotière et le poste d’itinéraires entre Blaisy-bas et Dijon Poste1. Ce poste d’itinéraires permettait les dépassements sur des installation permanente de contre-sens. L’exemple le plus connu du public étant les trains hivernaux partant de Paris vers les stations alpines. Les usagers partaient en trains couchettes alors que leur voiture partait sur des trains auto. Le second, roulant moins vite, quittait Paris plus tôt que le premier mais se faisait dépasser durant le trajet. Ce système permettait également le dépassement des trains de marchandises.



Photos 2736 à 2738 : La signalisation. Principaux signaux SNCF, partie du poste de Lyon-Guillotière et poste d’itinéraires de Blaisy-bas à Dijon Poste 1. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

La voie

Depuis la création du chemin de fer, c’est un point qui a peu changé : la voie., constituée de rails posés sur des traverses elles-mêmes insérées dans un lit de ballast.  Si le principe a peu évolué, les normes et les matières ont malgré tout été modernisées. Les traverses du premier train français étaient à base de pierres. Puis sont apparues les traverses en bois, en métal et maintenant en béton. C’est surtout la mécanisation des travaux qui a bouleversé les métiers. Alors qu’auparavant presque toutes les étapes étaient manuelles, grosses pourvoyeuses de main d’œuvre et très chronophages, ce sont aujourd’hui des trains complets entièrement automatisés qui assurent les renouvellement des voies.



Photos 2739 & 2740 : La signalisation. Les dés de pierre servant de traverse sur la première ligne de chemin de fer en France entre Andrézieux et Saint-Etienne en 1830. Métiers et outils pour la pose de la voie. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Des cabines, encore des cabines

Toujours au rez-de-chaussée, une partie de la salle est dédiée aux cabines d’engins plus récents. Si ces engins diésels et électriques étaient d’une utilisation moins pénible que sur leurs ancêtres à vapeur, certains véhicules n’étaient toutefois pas très confortables comme le poste de conduite exigu de l’autorail X 2800. La BB 9600 était nettement plus spacieuse.



Photos 2741 & 2742 : Cabine de l’autorail X 2800 et de la BB 9600. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Le musée possède également la reproduction d’une cabine de TGV 1ère génération, pièce qui permet à notre guide d’évoquer les spécificités de la grande vitesse.

Le triage des wagons marchandises

Ambérieu fût un important centre de triage à l’époque où le trafic marchandise transitait principalement par le rail. Ces opérations nécessitaient des faisceaux de voies importants sur lesquels les wagons étaient dispatchés selon leur destination. Les trains entrants étaient passés par une butte puis les wagons dérivaient par la gravité sur les voies sélectionnées. Un poste d’aiguillage dédié était affecté à ces opérations de tri.


Photo 2743 : Poste d’aiguillage d’une gare de triage. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Comme la longueur des voies de réception diminuait au fur et à mesure des opérations, et compte-tenu que tous les wagons n’avaient pas la même masse, les wagons devaient être freinés. D’abord manuelle à l’aide de taquets, l’opération était d’une grande dangerosité pour l’opérateur. Des freins mécaniques furent ensuite installés sur les voies. À Ambérieu, il fut même testé un système de chariot incorporé dans la voie. Ce dernier système ne s’est pas montré convaincant car trop complexe à entretenir.


Photo 2744 : Système de freinage d’une voie de triage. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

La boite noire des triages

Objet curieux parmi de nombreux autres : la boite noire des wagons marchandises. Lorsque des clients faisaient état de marchandises avariées lors des transports et que cette réclamation était trop répétitive, des agents « secrets » plaçaient une boite noire dans certains wagons à l’insu des personnels. Cette petite mais lourde boite, vissée aux planchers en bois, munie d’une bande horodatée, permettait de savoir si le wagon avait été victime de chocs intempestifs et à quel moment. Et donc en quel lieu. Le personnel trop négligent était alors rappelé à l’ordre. La boite noire était donc la bête noire des trieurs.


Photo 2745 : Boite noire pour wagon de marchandise SNCF. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

La vie sociale

Le second étage du musée est plus axé sur l’aspect humain du monde ferroviaire. Du fonctionnement d’une gare, au service médical en passant par le foyer des roulants, cette partie de la visite place le cheminot au cœur du métier. Et l’on se rend compte que la vie cheminote, encore à une époque relativement récente, était parfois bien rude. Avec des horaires décalés, les tractionnaires dormaient dans des chambrées de 40 lits. Autant dire que le sommeil était léger et de courte durée. Et à l’époque de la vapeur, il ne fallait pas se tromper de lit ! En effet, le chauffeur (celui qui préparait la machine), dormait coté porte et était réveillé deux heures avant le mécanicien. L’agent en charge de réveiller les équipages réveillait donc en premier ceux près de la porte.



Photos 2746 & 2747 : Dortoir et cuisine au foyer des roulants SNCF. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Le service médical de la SNCF était l’un des points forts de l’entreprise. Très complet, il suivait de près l’état de santé des cheminots. Pour des raisons évidentes de sécurité bien-sûr, mais aussi pour contribuer à l’ordre social dans la fonction publique de l’époque qui comptait alors près d’un demi-million d’employés et d’ouvriers ainsi que leurs familles. Un employé en bonne santé est un employé moins revendicatif.



Photos 2748 à 2749 : Service médical SNCF. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

A l’étage toujours, est présenté le bureau du chef de gare et les services administratifs. On note la présence de la pendule-mère, appareil qui permettait d’aligner les pendules des gares à l’heure de Paris. C’est en effet le train qui a permis d’uniformiser l’heure en France, puisqu’auparavant chaque région avait son heure… solaire.



Photos 2750 & 2751: Bureau d’un chef de gare SNCF et bureau administratif avec la pendule-mère (colonne à droite). Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

La seconde partie de la salle est plus consacrée à des iconographies et à l’exposition d’objets en tous genres : une belle collection de casquettes internationales, des objets d’usage collectif (cendriers, sécurité incendie, lanternes..) ou individuel (clefs, sifflets,..). Le musée retrace également le rôle du chemin de fer lors de la Seconde Guerre mondiale et les actions de la Résistance-fer. Un panneau est consacré à l’histoire du musée et ses fondateurs.







Photos 2752 à 2757: Différentes collections. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Un peu de modélisme

Même si ce n’est pas la vocation première du Musée du cheminot, le 3ème étage regroupe quelques pièces de modélisme ferroviaire. On y trouve une reproduction de la gare d’Ambérieu-en-Bugey en Ho et même un petit réseau de démonstration dans le style réseau des années 70/80…. en 3 rails Märklin Ho.




Photos 2758 à 2760 : Réseau Märklin Ho et reproduction de la gare d’Ambérieu-en-Bugey en Ho. Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

En conclusion

Le Musée du cheminot à Ambérieu-en-Bugey (Ain) est un lieu à ne surtout pas manquer. Il dispose d’un patrimoine ferroviaire exceptionnel qui retiendra l’attention de tout ferroviphile averti mais aussi d’un plus large public.


Photo 2761 : Rond-point de la D1504 et la D77A à Ambérieu-en-Bugey. Source : letraindemanu.fr

Je n’ai qu’un seul et unique regret : la petite boutique à l’accueil ne vend quasiment que des livres et cartes postales que l’on trouve facilement ailleurs. Hormis un coupon de rail de la ligne Ambérieu / Cerdon livré avec certificat d’authenticité, je n’ai vu aucun objet réellement typique de ce musée. Il y aurait peut-être là une piste à explorer pour proposer des objets ferroviaires.  Je pense en particulier à une collaboration avec nos artisans français qui reproduisent, par exemple, des plaques ou panneaux ferroviaires.

Remerciements particuliers à Monsieur Patrick Bernard, tractionnaire retraité, qui m’a servi de guide lors de cette visite très documentée.

Emmanuel


Infos pratiques

Le musée est ouvert toute l’année, les samedi et dimanche de 14h00 à 18h00

En plus pendant les vacances scolaires de la zone A
Du mardi au dimanche, de 14h00 à 18h00

Fermé les lundi et jours fériés

Tarif individuel : 4€
• tarif groupe : 3€/personne pour groupe supérieur à 10 personnes.
Visite guidée et commentée par les bénévoles, tous issus du monde ferroviaire
La visite est très dense et dure quatre heures. Il est nécessaire d’arriver dès l’ouverture pour profiter pleinement de la visite guidée.
Parking devant le musée
PMR / UFR : accès possible au (vaste) rez-de-chaussée mais pas aux étages (Pas d’ascenseur)
Boutique : Petite boutique à l’accueil vendant presque uniquement des livres.

Site officiel du Musée du Cheminot



Photo 2762 : Passage à niveau à barrières à rideau à Chazey Bons, D1504 D31J. Source : letraindemanu.fr

Idée d’hébergement

Si votre visite à Ambérieu nécessite un hébergement, je vous recommande le Logis-Hôtel l’Auberge d’Aranc située à 25 Km.


Photo 2763 : L’auberge d’Aranc, 7 rue du 7 févier 1944 à Aranc 01110. Source : letraindemanu.fr

Vous y bénéficierez d’un accueil aimable, de chambres confortables, d’une cuisine familiale et d’un cadre très reposant.

Site de l’Auberge d’Aranc

Je remercie mon épouse qui nous a organisés cette escapade improvisée à Ambérieu-en-Bugey sur le chemin du retour de vacances, complètement à l’arrach’

2 commentaires

  1. Je l’ai visité il y a quelques années. C’est effectivement un musée impressionnant et tres complet. Le monsieur qui nous a fait la visite était intarissable. Pas sur que tous les visiteurs ont compris ses explications parfois très techniques. En plus la région est très belle.

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